mardi 12 juillet 2022

Coeur de Sahel, Djaïli Amadou Amal

Coeur de Sahel, Djaïli Amadou Amal

 


Chers lecteurs,

voici le deuxième livre que je lis de cette auteure camerounaise et je suis toujours aussi conquise par sa plume.
 
Après "Les impatientes", Djaïli Amadou Amal reprend la plume pour tracer les contours d'une société communautariste et rigide, dans laquelle hommes comme femmes se débattent, englués par le poids des traditions et des obligations. 
 
« Le chemin le plus court pour aller d’un point à un autre n’est pas la ligne droite, mais le rêve » dit un proverbe. Ici, le rêve parait loin, mais il existe, et la force de ce livre est d'amener petit à petit le lecteur à y croire lui aussi. 
 
Faydé, une jeune fille d'un village subissant de plein fouet changement climatique et guerre civile, part pour la ville, Maroua, afin d'y travailler comme domestique au sein d'une concession. Sa mère s'y oppose, l'incitant à continuer ses études, mais l'homme de la maison est parti, enrôlé par les milices de Boko Haram. Kondem, la mère de Faydé, l'a appelée ainsi en référence à sa conception, faydéré signifiant en effet "la trouvaille" en Peul. 
 
Tout le long du roman, on assiste à cette ségrégation qui s'établit entre les hommes et les femmes, entre les différentes religions, entre les classes sociales. Chacun a une place et doit y rester.
Mais la raison et le cœur sont deux choses différentes, et Faydé en fait l'expérience auprès d'un professeur, promis à une autre. Elle pense faire partie d'une famille, croit à des liens d'amitié, mais se rend compte qu'elle est et restera pour cette famille qui l'accueille et pour laquelle elle se dévoue tant une "kaado", une vermine, une moins que rien. 
Quelqu'un qui ne compte pas. 
 
Comme toutes les autres. Comme celle qui en est morte d'avoir aimé. Comme celle qui a été violée. Comme celle qui se prostitue pour survivre. Comme celle qui, plutôt que l'amour, choisira la fuite. Comme celle qui dépassera sa condition et ira au bout de ses rêves.
 
Où se positionnera Faydé ? 
Arrivera-t-elle, enfin, à se dire qu'il est "temps d'aimer. Juste aimer" ?
 
Je vous laisse le découvrir dans ce magnifique roman, écrit avec pudeur et humanité, que j'ai ouvert sans pouvoir le refermer.
 
 
Quatrième de couverture :

Faydé vit dans les montagnes dans l’extrême-nord du Cameroun. Pour que sa mère, ses frères et sa sœur ne soient pas dans le besoin, son beau-père ayant disparu au cours d’une razzia de Boko Haram, la jeune adolescente décide de partir à Maroua, la ville la plus proche, où elle sera domestique. Comme ses comparses, elle devra se faire à sa nouvelle vie, citadine et difficile pour les filles. Mépris de classe, mauvais traitements, viols… Comment Faydé parviendra-t-elle à se frayer son chemin dans un environnement, où son destin semble tracé à l’avance ?
 
Djaïli Amadou Amal signe, avec Cœur du Sahel, un nouveau roman sur la condition de la femme dans le Sahel à travers la vie non plus des « Impatientes » mais de leurs domestiques, marquant encore plus son engagement contre les injustices faites aux femmes.
 
#coeurdesahel #noustoutes #djailiamadouamal

jeudi 16 juin 2022

Les impatientes de Djaïli Amadou Amal

 


Un très beau livre que je vous conseille : Les impatientes de Djaïli Amadou Amal. Prix Goncourt des lycéens.
 
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4ième : Trois femmes, trois histoires, trois destins liés.
 
Ce roman polyphonique retrace le destin de la jeune Ramla, arrachée à son amour pour être mariée à l'époux de Safira, tandis que Hindou, sa soeur, est contrainte d'épouser son cousin.
Patience ! C'est le seul et unique conseil qui leur est donné par leur entourage, puisqu'il est impensable d'aller contre la volonté d'Allah. Comme le dit le proverbe peul : « Au bout de la patience, il y a le ciel. » Mais le ciel peut devenir un enfer. Comment ces trois femmes impatientes parviendront-elles à se libérer ?
 
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Dans tout le roman, un mot revient tel un letimotiv : Munyal, qui en langue Peule signifie patience, mais aussi endurance, maîtrise de soi.
 
C'est le mot que les pères, mais aussi et surtout les mères et les tantes assènent à leurs filles comme un chemin de vie à suivre sans défaillir. Et il y a de quoi défaillir pourtant. L'auteure suit les destins de trois jeunes femmes, qui ont cela en commun d'être mariée à des hommes qu'elles ne désirent pas. Les deux premières en tant que co épouses, la dernière étant la première épouse du mari de la deuxième.
 
Ce qui m'a marqué, mis à part le côté autobiographique, à la fois poignant, simple et très pudique aussi, c'est la violence des femmes entre elles. Tout ce système de domination masculine n'est possible que parce que les femmes mûres, passées par ce cycle de souffrance infernal, reproduisent avec leurs filles, leurs nièces, ce qu'elles ont subi. Cela va de soit. Aucune autre vie n'est possible. Elles répètent à foison qu'avec de la patience, tout ira toujours mieux, que celle-ci sera forcément récompensée. 
 
Mais ce n'est pas de la patience que l'on demande à ces jeunes filles. C'est de sacrifier leur vie, leurs rêves, leurs espoirs, leurs corps, à un système qui les opprime et les violente. Quand la deuxième jeune femme, malheureusement tombée sur un mari drogué et alcoolique, est battue et violée au point d'en perdre conscience, aucun membre de sa famille ne l'aidera. Son mari n'aura aucun reproche, aucune critique, si ce n'est celle de "modérer ses ardeurs"...
 
Englués dans cette violence psychologique et physique au quotidien, des familles entières se meurent ainsi, n'arrivant pas à dépasser le carcan des obligations pour construire de vraies relations fondées sur le respect de la dignité humaine. Des hommes comme des femmes.

Chronique de La libellule noire

 

Une chronique très complète d'un lecteur exigeant, avec des points positifs et négatifs précis (j'adore ce qui est précis, donc merci), et quelques compliments que j'ai relus plusieurs fois les yeux un peu écarquillés car je n'en revenais pas.
 
"Mon avis après la lecture :
-----------------------------
Un policier au sein de l’univers du service-presse, histoire de me changer un peu des thrillers, des fantasy et autres joyeusetés sur lesquelles j’aime me risquer.
Et après avoir tourné la dernière page de ce roman, il est clair que j’ai passé un bon moment en sa compagnie.
Parfois, l’autrice m’a semblé plus que digne d’intégrer cette lignée d’auteurs de polars scandinaves qu’on ne présente plus comme : Arnaldur Indridason, Jussi Adler-Olsen, etc.
Autant dire que ce roman m’a laissé une très bonne impression et j’encourage Agneta Gerson à poursuivre sur cette voie, si elle désire devenir une plume à part entière au sein de ce genre littéraire.
Bien sûr, comme pour la plupart de mes lectures, j’ai trouvé deux ou trois points qui m’ont empêché de faire de ce roman, un coup de cœur, mais la note que je vais lui attribuer reste très belle. Sans plus attendre, je passe à la rédaction de mes fameuses listes.
 
Points négatifs :
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- Des répétitions.
- J’ai repéré trois phrases qui étaient mal tournées, surtout à cause d’une mauvaise utilisation des pronoms personnels.
 
Points positifs :
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- La taille aléatoire des chapitres,
- J’ai trouvé un très bon rythme au sein de ce roman, les rebondissements s’enchaînent très bien et surtout, aucun temps mort, ce qui est fortement appréciable.
- La plume de l’autrice est vraiment agréable. Le vocabulaire est riche, fluide, les phrases se lisent très facilement les unes après les autres. Bref, un régal.
- Agneta Gerson est très douée lorsqu’il s’agit de dépeindre des personnages. L’un d’entre eux m’est un peu sorti des yeux à cause de son comportement exécrable : la fille d’Anders. Certes, cette dernière a beau être une adolescente mais tout au long du roman, j’ai souhaité bon courage à ses deux parents et je peux comprendre l’attitude de son beau-père. Par contre, j’ai regretté de ne pas en savoir plus sur Karen. D’ailleurs, c’est sûrement celle qui a su retenir pleinement mon attention et j’espère qu’un jour, je serais invité à découvrir son histoire car cette dernière semble avoir un passé lourd et si je suis très bon client dans un domaine, c’est bien celui-ci.
- Enfin, même si l’autrice a tenté de me perdre parmi les suspects, nombreux au sein de ce roman, j’ai su faire mouche en trouvant le tueur avant que l’identité de ce dernier me soit dévoilé. Pourtant, mon cœur hésitait entre quatre personnes mais le comportement du fameux meurtrier m’avait paru suspect dès le départ.
- Au sein de ce roman, nous sommes invités à nous promener en Suède. C’est aussi pour cette raison que je place cette œuvre dans la continuité des auteurs que j’ai cité en ouverture de cette chronique. Ce pays, je rêve de le découvrir un jour pour vivre un évènement annuel : l’Eurovision. Et puis je perçois toujours la Suède comme un pays froid et comme j’ai ces derniers en favoritisme, forcément, je vais vouloir me faire plaisir.
 
En conclusion, un roman que j’estime sympathique, avec lequel j’ai passé d’excellentes heures de lectures et s’il y a des lecteurs qui passent par ici, fans de polars scandinaves, n’hésitez pas à lui consacrer un peu de votre temps.
Je pense que vous allez être étonné."

lundi 21 février 2022

Le berceau des dominations de Dorothée Dussy : anthropologie de l'inceste

 

Le berceau des dominations de Dorothée Dussy : anthropologie de l'inceste
 
 
Ce livre, écrit par une anthropologue directrice de recherche au CNRS est une référence en la matière.
 
L'auteure traite l'inceste de façon exhaustive et précise, loin des clichés habituels, rappelant notamment que dans un tiers des cas, les agresseurs sont des adolescents de la famille souvent assez jeunes (12-13 ans sur des enfants de 7-8 ans en moyenne), avec des conséquences similaires sur les victimes. 
 
 
Un lire - travail de recherche avec une approche méticuleuse et objective.
 
 
#inceste

Charles Baudelaire - Le chat (2)

 


Parce que je ne me lasse pas de relire Baudelaire et que mon adorable chartreuse est très photogénique !
Charles Baudelaire - Le chat (2)
 
I
Dans ma cervelle se promène
Ainsi qu'en son appartement,
Un beau chat, fort, doux et charmant.
Quand il miaule, on l'entend à peine,
Tant son timbre est tendre et discret ;
Mais que sa voix s'apaise ou gronde,
Elle est toujours riche et profonde.
C'est là son charme et son secret.
Cette voix, qui perle et qui filtre
Dans mon fonds le plus ténébreux,
Me remplit comme un vers nombreux
Et me réjouit comme un philtre.
Elle endort les plus cruels maux
Et contient toutes les extases ;
Pour dire les plus longues phrases,
Elle n'a pas besoin de mots.
Non, il n'est pas d'archet qui morde
Sur mon cœur, parfait instrument,
Et fasse plus royalement
Chanter sa plus vibrante corde,
Que ta voix, chat mystérieux,
Chat séraphique, chat étrange,
En qui tout est, comme en un ange,
Aussi subtil qu'harmonieux !
 
II
De sa fourrure blonde et brune
Sort un parfum si doux, qu'un soir
J'en fus embaumé, pour l'avoir
Caressée une fois, rien qu'une.
C'est l'esprit familier du lieu ;
Il juge, il préside, il inspire
Toutes choses dans son empire ;
Peut-être est-il fée, est-il dieu ?
Quand mes yeux, vers ce chat que j'aime
Tirés comme par un aimant
Se retournent docilement
Et que je regarde en moi-même
Je vois avec étonnement
Le feu de ses prunelles pâles,
Clairs fanaux, vivantes opales,
Qui me contemplent fixement.

dimanche 13 février 2022

Brioche suédoise au safran

 

Brioche suédoise au safran (Lussekatter mais dans une forme classique) enfin réussie !
 
 
Et comme je cuisine toujours pour 15, mes voisins sont encore une fois très contents (plus j'imagine que pour mon dernier essai version "galette" qui n'avait pas bien monté).
 
Une pâtisserie que l'on déguste en Suède lors de la Sainte Lucie, la fête des lumières. 
 
 
Smaklig måltid ! (bon appétit)
 
Recette : 


samedi 29 janvier 2022

théorie de l'information de Shannon

 théorie de l'information de Shannon

 


 

Cher lecteur, ce ne sera pas le principe de Heisenberg, mais la théorie de l'information de Shannon, un peu moins complexe tout de même et donc plus adaptée pour le moment.
 
Passionnante moitié de nuit donc, passée à me renseigner sur ce sujet qui m'intriguait pas mal. Je le rapprochais d'"Enigma" (je vous en parlerai une autre fois) et je voulais en savoir plus.
Théorie intéressante s'il en est, car elle part du postulat que l'information n'est pas quelque chose d'abstrait mais une réelle donné mesurable répondant à des critères identifiants précis. Elle a été ébauchée par Claude Shannon (d'où le nom...) en 1948, publiée comme souvent dans un journal scientifique (a mathematical theory of communication), et complétée ensuite par un autre scientifique américain : Warren Weaver. Informaticien et statisticien de génie, celui-ci est aussi le père de la biologie moléculaire. Quelqu'un qui avait donc plusieurs cordes à son arc.
 
Alors la théorie de l'information, c'est quoi en gros ? En (très très) gros, elle dit qu'on peut, à partir d'un message donné (cet article pourquoi pas), avoir une idée très précise de la quantité (et non de la qualité...) des informations qui y sont. 
 
L'objectif initial, en temps d'après guerre, était de faire en sorte d'avoir une analyse rapide et pratique des moyens de communication militaires notamment. Il fallait pouvoir extraire de façon pertinente, en faisant abstraction du "bruit", des parties chiffrées dans un message envoyé par l'ennemi. Le code était alors décortiqué afin d'en extraire le message.
 
Comment faire passer un message avec le plus d'informations possible, de la façon la plus claire et la moins coûteuse ? Cela pourrait être également un problème sous-tendu par les moyens de communications actuels, où certains messages sont de plus en plus courts, voire sans mots, avec juste des "émoticônes". 
 
Qu'en penserait Shannon ?
Aucune idée en fait, si ce n'est que la quantité de messages échangés chaque seconde actuellement dans le monde n'est sans doute pas corrélée avec la quantité d'information circulante, mais c'est une interprétation toute personnelle.
 
Mais revenons à cette théorie de l'information. Elle est aussi utilisée en psychologie, avec comme base le modèle communicatif de Shannon et Weaver, qui schématise la communication ainsi : Une source émet un message, qui passe dans un canal une fois encodé. Du bruit est alors présent, ou non. Une fois extrait du canal, le signal est décodé et interprété par un récepteur pour arriver au destinataire. Le code typique à l'être humain est le langage (langue, langage corporel). Pour deux humains parlant la même langue, le codage et le décodage est aisé. Entre deux personnes parlant deux langues radicalement différentes, cela devient plus complexe puisque le code n'est pas le même. 
 
Quoique pour le modèle du langage, différentes fonctions existent et le modèle de Jakobson (1960) me semble plus pertinent. Celui-ci intègre en effet 6 fonctions dans la notion de langage : référentielle, expressive, conative, métalinguistique, poétique (ma préférée) et phatique. Je vous laisse faire des recherches sur ce thème tout aussi passionnant si le cœur vous en dit.
 
Et même pas une seule formule mathématiques avec tout ça...

vendredi 21 janvier 2022

couverture de La mort en cadeau

 

Ce qui est chouette quand on ne dort pas beaucoup, c'est qu'on a pas mal de temps. Et comme je n'ai pas la télévision et que je me refuse à aller sur internet la nuit...
 
Voici donc la couverture de mon prochain thriller (pas encore terminé !)
 
 
Thématique : le changement climatique





Chronique de La libellule noire

 


mardi 18 janvier 2022

« Trois femmes puissantes » : Marie NDiaye

 

« Trois femmes puissantes » : Marie NDiaye

 


« Trois récits, trois femmes qui disent non. Elles s'appellent Norah, Fanta, Khady Demba. Chacune se bat pour préserver sa dignité contre les humiliations que la vie lui inflige avec une obstination méthodique et incompréhensible. »

 

Norah

Norah, avocate, retourne au Sénégal chez son père.

Avec un style assez inimitable, fait de phrases longues, riches et imagées, qu’il faut parfois relire afin de retrouver le sens, l’auteure dresse un portrait implacable de ce mâle dominant qui écrase sous son joug les malheureux qui gravitent autour de lui.

Toujours dans une sorte de non-dit poignant, les relations ambigües entre Norah et son père sont décrites avec minutie et sans épargner au lecteur la tension sourde et malsaine qui règne dans l’antre de ce tyran, aussi peu conscient de ses ravages que de la vie des autres.

Maintes fois il a pris femme, maintes fois il a eu des enfants.

Mais, dans sa grande maison, aussi sombre que vide depuis que le drame est arrivé, le vieil homme semble ne s’apercevoir de rien. Ni de sa déchéance physique, ni de la terreur qu’il inflige à ses deux dernières filles, deux enfants quasi emmurées vivantes dans leur chambre, ni de la violence qu’il inflige à Norah.

Celle-ci, victime de ce père maltraitant, s’est enfermée dans une relation de couple tout aussi toxique, décrivant le diable qu’elle a laissé entrer chez elle.

Un diable séduisant, enjôleur, dévastateur. La revictimisation sans fin de Norah prend une autre dimension quand elle apprend que son frère bien-aimé, enlevé par son père quand il avait tout juste 5 ans, est en prison pour le meurtre de sa belle-mère.

Mais la vérité sera au-delà de ce qu’elle avait pu imaginer…

 

Fanta

Un chapitre se clos et l’auteure nous emmène ensuite dans la vie de Fanta, jeune femme sénégalaise aimée par son mari mais qui lui échappe et s’évapore dans une souffrance qu’il n’arrive pas à appréhender.

Entre mensonges, amour et haine, son quotidien implose presque sans bruit, sans heurts, inconsciente qu'elle est des véritables motifs de son retour en France.

 

Khady

Le dernier chapitre de ces "trois femmes puissantes" est le plus violent, celui qui m’a le plus retournée en tout cas.

On y suit Khady Demba, jeune femme mariée très jeune à un homme gentil mais bien plus âgé, et qui poursuit avec elle un seul but : enfanter. Étrangère au plaisir, elle a intégré depuis son enfance ce rôle qui lui est dévolu.

Mais son mari meurt et sa belle-famille lui fait alors vivre mille tourments. Violée puis prostituée pendant des mois, abandonnée par le seul amour auquel elle croyait encore et en qui elle avait confiance, elle tentera pourtant de s’accrocher, de s’évader, de survivre. En scandant son nom la tête haute face aux épreuves, avec fierté, bravoure, comme pour se rappeler de qui elle était, et surtout pour se prouver qu'elle existe toujours.

 

Je ne saurais dire si j’ai aimé ce livre ou non. Ce qui est certain cependant, c’est qu’il m’aura marquée.

 

mercredi 12 janvier 2022

Celle qui brûle, Paula Hawkins

 


Celle qui brûle, Paula Hawkins

J’avais déjà lu « La fille du train » du même auteur, mais j’ai trouvé celui-ci très différent au niveau de la construction de l’histoire.
 
Un homme, Daniel, est retrouvé assassiné sur une péniche. Autour de lui, vont graviter quatre femmes, chacune ayant des fêlures immenses. Laura tout d’abord, une jeune femme paumée et sujette aux crises de nerf suite à un accident de voiture lui ayant laissé des séquelles neurologiques, et avec qui Daniel a passé sa dernière nuit. On la voit, au début du roman, sortir ensanglantée et hagarde du bateau au petit matin.
 
Carla ensuite, la tante de Daniel, avec qui il a entretenu une relation trouble depuis qu'il a assisté à la mort du fils unique de Carla et de Théo, tombé d’une balustrade alors qu’il était sous la garde d’Angela, la sœur de Carla.
 
Angela justement, alcoolique, malheureuse dans ses fréquentations et se laissant mourir de chagrin et de désespoir face à l’absurdité de la vie.
 
Et Miriam, une femme vivant seule sur la péniche voisine, et qui passe le plus clair de son temps à espionner ses voisins. Témoin du ballet étrange de ces trois femmes autour de Daniel, elle a elle aussi un passé terrible. Enlevée et séquestrée dans son adolescence, elle a affronté la mort et y a perdu une amie.
Au milieu de tout cela, une vieille dame, Irène, apporte du réconfort à celles qui souffrent (qui brûlent ?) et tente de renouer des liens entre les êtres.
 
Une de ces femmes brûle à l’intérieur, du feu de la vengeance. Je ne vous dévoilerai pas qui, mais l’intrigue est particulièrement bien menée, le style très agréable et rythmé et la psychologie des personnages est particulièrement soignée.
 
Seule la fin m’a déçue, car il y avait vraiment matière à en faire quelque chose de décoiffant, mais cela retombe un peu à plat sur les dernières pages je trouve. 
 
Un peu dommage vu la qualité de tout le reste.

vendredi 17 décembre 2021

Chronique de la Libellule noire

 

Ce matin encore, un retour qui me va droit au cœur de l'administratrice du groupe de lecture "Petit coin de lecture, nos livres coups de cœur " (que je vous conseille vivement pour avoir des idées pour agrémenter votre PAL !).
Merci...
 
Il va par contre falloir que je domine un peu ma timidité pour aller me présenter un peu plus !
 

 

mardi 30 novembre 2021

équation de Navier-Stokes

 


Détour vers les contrées mathématiques, avec l'équation de Navier-Stokes ce soir.

 
Cette équation différentielle, qui peut paraître un peu obscure au premier abord, a des applications très concrètes, notamment en océanographie ou en météorologie. Elle fait partie des "problèmes du millénaire". 
Un mathématicien Kazakh a dernièrement démontré la chose, mais cela a été remis en question par deux autres, donc... Toujours d'actualité.
 

Quézaco que cette équation ?

 
 Rien de plus simple, il s'agît d'une modélisation du mouvement des fluides (eau, air, etc., d'où les applications en océanographie et climato).
 
Le champ de vitesse (vitesse en chaque point de l'espace entourant un objet) permet de caractériser de façon très précise son déplacement et de le prédire.
 
Pas simple par contre : c'est une équation différentielle non linéaire.

Au niveau physique :


le côté non linéaire se traduit par ce qu'on appelle les turbulences dans les mouvements des fluides. Celles-ci sont extrêmement difficile à modéliser précisément puisqu'elles dépendant de la vitesse. v.delta v et varient en fonction du carré du champ de vitesse. 
 
Savoir si un fluide est plus ou moins turbulent grâce aux équations de Navier-Stokes n'est actuellement pas vraiment possible, car cela dépend de paramètres pas forcément quantifiables et justement reliés entre eux par des relations non linéaires.
 
Donc au final, en physique, on utilise plus les statistiques pour prévoir comment un fluide va se comporter dans la vie réelle.
 
Sur ce bonsoir et belles lectures à tous !
 
Pour ma part, je suis en train de finir "La force des femmes" du prix Nobel de la paix le Dr Mukwege, que je vous conseille fortement tant l'homme a de sagesse et d'intelligence.

samedi 27 novembre 2021

La force des femmes, Denis Mukwege

 


La force des femmes, Denis Mukwege

Son histoire

 
Gynécologue obstétricien, le Dr Mukwege a oeuvré depuis des années pour le droit des femmes, dans son pays, le Congo, mais aussi partout dans le monde. 
 
Marqué par les premières patientes qu'il voit arriver avec des blessures atroces suite à des viols perpétrés par des groupes armés, il décide de créer un hôpital dédié à la prise en charge de ces femmes, jeunes filles et même enfants. 
 
Il décrit les blessures en tant que médecin, mettant ainsi la distance nécéssaire permettant de ne pas s'évanouir à la lecture de certains passages, rares cependant. 
 

Une réflexion aboutie concernant les violences faites aux femmes


Ce n'est pas du sensationnalisme. C'est une infime partie de la douleur que des milliers d'êtres humains ont endurée, pendant des jours, des semaines, des mois parfois. 
 
Il évoque les évènements qui l'ont conduit à sa vocation, à son dévouement sans borne pour ses patientes et à son combat inlassable contre les violences faites aux femmes.
 
Il ne se contente pas de décrire les faits, qui n'occupent qu'une petite partie du livre. Non, il les décortique, les analyse, essaye de comprendre ce qui a mené à ces exactions répétées. 
 
Il compare avec ce qu'il se passe dans d'autres pays, sous une autre forme, plus privée, plus insidieuse. 
Il s'interroge et nous interroge sur nos habitudes de consommation, qui impliquent l'extraction de minerais rares au Congo, par les mêmes groupes armés qui mutilent de nombreuses femmes.
 

Ses patientes les plus marquantes

 
Il cite aussi certaines de ses patientes les plus marquantes, comme une enfant de 12 ans, qui en racontant la tête haute son calvaire, a fait perdre connaissance à un général tant cela l'a choqué qu'il soit possible de faire cela à une enfant. 
 
Ou cette patiente séquestrée, violée, opérée de nombreuses fois pour être "réparée" et qui une fois renvoyée chez elle a subi la même chose de nouveau, revenant à l'hôpital séropositive en prime. 
 
A chacune de ces patientes marquantes, une nouvelle orientation est prise dans son engagement et le médecin essaye d'en tirer un enseignement, d'adapter son programme d'aide aux femmes victimes, non plus seulement en soignant les corps, mais en réparant les esprits, en œuvrant pour leur réintégration dans la société. 
 

De patientes à survivantes

 
Celles qui de victimes deviennent des survivantes, terme qu'il emploie et qu'il explique comme étant celui qui lui semble le plus adapté à ses patientes, dont il admire la force de vie malgré tout ce qu'elles ont subi (d'où le titre). 
 
Il y a aussi tout un aspect politique, économique, sociétal passionnant tant c'est analysé avec justesse, humilité et intelligence.
 
Un livre fort, très bien écrit, plein d'humanité et d'espoir paradoxalement (car comment ne pas avoir d'espoir quand on voit qu'il existe des hommes comme ce médecin), à lire sans hésiter.
 

 

dimanche 21 novembre 2021

Equations de Eddington et Lemaître, expansion de l'univers

 

Petite virée vers les mathématiques avec l'hypothèse de l’expansion cosmique de l'univers grâce aux équations de Eddington et Lemaître.
 
En1927, Lemaître a le culot de publier une ébauche d'une nouvelle théorie : l'expansion de l'univers pourrait être dérivée de la relativité générale, ce qui expliquerait en partie le décalage vers le rouge des nébuleuses en spirale observables dans le cosmos. Mais il a fallu 3 ans à Eddington pour s'apercevoir du génie de cette hypothèse et contacter Lemaître à ce propos. 
 
Dans la théorie d'Eddington, l'univers était d'abord été statique, puis entrait en expansion, mais ce n'était pas vérifiable avec des observations astronomiques ou des équations cosmologiques.
 
Le décalage vers le rouge (ou décalage Doppler, on a le même principe avec les sons), c'est quand un corps astronomique s'éloigne d'un observateur et que les longueurs d'onde perçues augmentent, se rapprochant du spectre optique du rouge.
 
En 1930, un collège d'astronomes nota que les dernières observations astronomiques montraient qu'il existait une relation linéaire entre le décalage vers le rouge des nébuleuses en spirale et leurs distances radiales, et surtout que ceci ne pouvait pas être expliqué par les théories "statiques" d'Einstein de 1917 ou de De Sitter (même année). 
 
En pratique, cela signifie que plus les astres sont éloignés d'un observateur, plus ils s'éloignent vite de lui, et ce de façon linéaire.
 
En 1929, Hubble (pas le télescope) trouva la même relation linéaire que Lemaître, confirmant l'hypothèse que l'univers était en expansion infinie et, par extension, émettant la possibilité d'un début unique à partir d'un point de matière ultra dense. 
 
Cette idée d'un atome unique à partir duquel l'Univers se serait formé a été depuis réfutée.

jeudi 18 novembre 2021

La fin des temps, Haruki Murakami

 


La fin des temps, Haruki Murakami (et ma belle orchidée pourpre !)

 

Quatrième de couverture : 

 
« Pour se rendre chez le vieux savant qui l'a engagé, un informaticien prend un ascenseur tellement lent qu'on ne sait pas s'il monte ou s'il descend. A l'arrivée, une jeune fille rondouillette et charmante l'accueille par un "C'est rat" pour le moins étrange. Mais son cou sent le matin d'été dans un champ de melons ... Bienvenue au Pays des merveilles sans merci ! »
 

Mon avis :

Dans une librairie Suisse cet été, ce livre m’a fait de l’œil. 
 
Peut-être son titre, énigmatique, peut-être la couverture représentant une licorne en armure. Je ne sais pas, mais le choix était fait et ni une ni deux, il se retrouva dans mon petit panier violet.
Autant le dire tout de suite : c’est un pavé, inutile de vouloir le lire en une soirée ! 
 
Dès le début, les mots dansent sur le papier et chantent dans la tête. C’est traduit du japonais, mais bien traduit, en respectant la musicalité et la finesse de cette langue. 
 
L’auteur nous emmène doucement vers deux mondes qui évoluent en parallèle, mais dont, durant de nombreuses pages, on ne sait finalement pas grand-chose. Temporellement, géographiquement, émotionnellement, on sent qu’il y a évidemment un lien fort, mais on ne sait pas vraiment lequel.
La beauté de ce roman inclassable réside dans ces petits pas qui nous amènent vers une compréhension de ce que sous-tend le cœur et l’amour. La mémoire aussi.
 
J’ai hésité à faire un petit retour sur ce magnifique ouvrage, car il est difficile d’en donner un aperçu tant il est complexe et surprenant. 
 
Et je me limiterais donc à cela, car ce petit bijou doit se découvrir avec un regard neuf.

samedi 6 novembre 2021

Premier sang, Amélie Nothomb, prix Renaudot 2021

 


Premier sang, Amélie Nothomb, prix Renaudot 2021

 
J’ai acheté le dernier roman d’Amélie Nothomb, conquise que je suis par cette auteure depuis un an maintenant. Etrangement, je m’étais forgée un à priori négatif il y a une vingtaine d’années de cela, après avoir lu et peu aimé « Métaphysique des tubes ».
 
 Par hasard, dans une chambre d’hôte où j’avais lu plus vite que prévu les livres que j’avais emmenés, j’ai découvert « Riquet à la houppe » qui, me tendant les bras, m’appela à réitérer l’expérience Nothombesque. Et boum, me voilà tombée dans une histoire que j’ai trouvé décalée, rafraichissante, belle et grave à la fois, avec des personnages aux noms aussi savoureux que leurs caractères. 
 
Petit retour donc sur « Premier sang ». Comme toujours, je commence par me dire qu’elle ne s’est pas trop torturé l’esprit pour la quatrième de couverture. Je vous laisse juger « Il ne faut pas sous-estimer la rage de vivre ». 9 mots. On peut dire que c’est du condensé. Pourtant, il faut reconnaître que cela résume bien le livre. 
 
Comme toujours, un roman court, un style précis, sans fioritures mais avec des mots soigneusement choisis, un humour et un recul sur les choses terribles qui arrivent au personnage, qui mettent à distance les atrocités commises lors de la prise d’otage qui inaugure le roman. 
 
Son père (car elle écrit au nom de son père) a alors 28 ans. Amélie Nothomb n’est pas encore de ce monde et son existence ne tient qu’à un fil. Son père est en effet face à un peloton d’exécution, mis en joue par des rebelles armés dirigés par le général Gbenye. Le président Lumumba assassiné en 1961 est l’objet de nombreuses discussions entre l’ambassadeur belge qu’est Patrick Nothomb et les rebelles qui le tiennent captif dans un hôtel ainsi que plusieurs centaines de ses concitoyens. 
 
Son objectif ? Faire durer ce temps si long qui les rapproche et les éloigne en même temps de la mort. Il sait en effet que, quand l’armée Belge tentera une action pour les sauver, les morts seront légions des deux côtés. Tous le savent. Et tous attendent et redoutent ce moment. 
 
Qui en réchappera ? Et pourquoi ? Quel est le sens de ces palabres sans fin auxquelles participe sans relâche Patrick Nothomb ? Aura-t-il évité des morts ? Rien n’est sûr, rien n’est facile.
 
 Et les contours du bien et du mal se floutent parfois dans les petites attentions qui émaillent le quotidien des otages. 
 
La première partie du roman est consacrée aux séjours que Patrick fait au château des Nothomb, dans les Ardennes. Avec un regard enfantin, Patrick relate le « darwinisme » qui prévaut à l’éducation des enfants du château du Pont d’Oye et la dureté de la vie sous le joug de ce grand-père à la fois despotique et poète.
Et le premier sang alors ? Je vous laisse le découvrir…

mercredi 6 octobre 2021

Recueil de poésies

 


Chers lecteurs,
 
avec Jean-Marc Loisolire Puéchavy, nous travaillons depuis maintenant quelques temps sur un recueil commun de poésies et de courts textes. 
 
Notre jeu est d'écrire nos textes "en miroir", chacun lançant alternativement un petit défi à l'autre.
Cela peut être un thème, une forme littéraire, une phrase, ou même un poème ou un texte entier auquel faire écho.
 
Une belle aventure littéraire et amicale, qui sort un peu des sentiers battus de l'écriture en solitaire.
Un petit extrait avec un poème sur les mathématiques (pas de commentaires !) que j'ai écrit :
 
 
Je me perds malgré moi dans l’espace hilbertien
Lieu des divagations de mon esprit malmené
Se perdant au milieu de ces formules insensées
Qui me font chavirer vers un résultat incertain.
J’aimerai enfin pouvoir triompher,
Sans passer mon chemin ou devoir errer
Dans cette masse informe, labyrinthe ensablé
Au bout duquel se trouve ma future liberté.
Rouge, rose, gris, tel est le triptyque
De couleurs qui hantent les signes cabalistiques
S’étirant langoureusement devant moi
Pour former un théorème ou une loi.
Ondule,
Courbe mystérieuse,
Inconnue prétentieuse.
Sans couleurs
Les mathématiques se meurent.

samedi 25 septembre 2021

Concours littéraire

 


Chers lecteurs,
 
 
toujours dans mes calculs mathématiques, ayant besoin d'une occupation mentale assez puissante présentement (et j'avoue que pour cela, les mathématiques sont vraiment le top du top. Apprendre le japonais pourrait aussi être une idée mais j'ai plus d'affinité avec les espaces infinis). 
 
 
Par ailleurs, j'avais participé à 5 concours de nouvelles en début d'année, dont un sur la Loire.
Mon texte s'intitulait "Mimétisme". 
 
 
Je viens de recevoir un mail m'informant qu'il faisait parti des 26 finalistes sur les 359 participants. 
 
 
Je n'y crois pas trop trop pour le résultat final, mais on verra.
 
 
Bon week-end à tous et belles lectures

jeudi 23 septembre 2021

hypothèse de Riemann

 

hypothèse de Riemann : Les zéros non triviaux de la fonction zêta ont tous pour partie réelle ½.
 
En plus clair :
 
Toutes les solutions non entières de l'équation Zêta(x) = 0 sont des points alignés. x est l'inconnue, Zêta est la fonction de Riemann , nom du mathématicien qui a émis cette hypothèse.
 
Ce problème fait partie des problèmes non résolus sélectionnés par l'Institut de mathématiques Clay. Il s'agît de montrer comment les nombres premiers se répartissent au sein de l'ensemble des nombres entiers.
 
Comme cela, ça parait simple. Et pourtant, tous les malchanceux mathématiciens ayant essayé se sont cassés les dents dessus.
 
Actuellement, avec de supers calculateurs, on a pu montrer qu'il y avait plus de 10 000 milliards de points alignés, et donc que l'hypothèse "semblait" vraie. 
 
Oui, mais en mathématiques, la véracité se voit dans l'infini. Et l'infini, par définition, on ne peut pas l'atteindre, même avec des supercalculateurs. 
 
Et donc, il faut démontrer la chose, avec des équations. Et c'est là que cela se complique.
 
Pour le moment, aucune solution trouvée au problème, avis aux amateurs !

mercredi 15 septembre 2021

"Le voyage dans l'Est" de Christine Angot

 


Lecteurs du soir, bonsoir !
 
 
Petit retour sur "Le voyage dans l'Est" de Christine Angot. 
 
Je n'avais jamais lu cette auteure et au vu des critiques très acerbes voire franchement insultantes que j'ai pu lire ou entendre, à la fois sur son œuvre et sur elle-même, j'ai abordé le livre un peu méfiante. Et là, belle surprise, dès les premières lignes, j'ai senti que cet ouvrage allait être juste et fort. Et ce fut le cas tout le long de ma lecture. 
 
Christine Angot y aborde l'inceste qu'elle a vécu avec son père. Jusque là rien de bien neuf si j'ai bien compris, car elle en parle dans beaucoup de ses livres. Et c'est aussi ce qu'il lui a été reproché.
 
Je n'ai pas lu les autres. Dans celui-ci, ces évènements y sont abordés sous l'angle de la réflexion. Celui de l'emprise aussi, qui fait que la pensée s'éteint, s'étiole, se voile. 
 
Christine Angot n'avait pas de père. Un jour, celui-ci débarque sans crier gare dans sa vie. Bonheur ultime pour elle, en attente d'une reconnaissance de sa part. 
 
Mais très vite, dès la première rencontre, tout dérape. Un baiser, et la phrase qui claque dans son cerveau " Tiens, cela m'arrive à moi, ça ?" .
S'ensuivent les gestes qui dérapent de plus en plus. 
 
Une main posée sur un genou. Une main qui monte. Qui redescend. Qui attend. Qui remonte. Qui tente par l'usure d'imprimer dans la pensée de l'adolescente que pour l'instant, c'est encore acceptable.
Mais cela ne l'est déjà plus. Depuis le baiser, depuis sans doute le premier regard que cet homme a posé sur sa fille.
 
Emprise, pouvoir, asservissement. Voilà ce qu'il lui propose en lieu et place de l'amour paternel qu'elle attend désespérément de lui. 
 
Quand ses mots deviennent crus au téléphone, elle écrit cette phrase : " Je n'ai rien pensé. je ne ressentais rien. Je ne pensais pas. Il faut bien voir l'effort que fait la personne pour ne pas penser et ne rien ressentir".
 
Malheureusement, cela ne va pas en rester là et les faits vont s'accumuler.
Face à cela, Christine Angot décrit avec précision la vigilance de tous les instants qui s'empare d'elle :
 
" Mon esprit n'était pas vide. Je surveillais. J'avais une fonction.La surveillance. C'était une surveillance de tous les instants. Proche. Serrée sur le mouvement. Je surveillais, je surveillais, je surveillais. J'étais obnubilée par ma fonction. D'autant plus qu'elle risquait d'être inutile et je le savais. Je le sentais."
 
Que dire ? Ce livre est dur. Il est cru aussi. Il est difficile à lire. 
Mais c'est pour moi sans aucun doute un témoignage important et un très bon livre .