vendredi 21 janvier 2022

couverture de La mort en cadeau

 

Ce qui est chouette quand on ne dort pas beaucoup, c'est qu'on a pas mal de temps. Et comme je n'ai pas la télévision et que je me refuse à aller sur internet la nuit...
 
Voici donc la couverture de mon prochain thriller (pas encore terminé !)
 
 
Thématique : le changement climatique



Chronique de La libellule noire

 


mardi 18 janvier 2022

« Trois femmes puissantes » : Marie NDiaye

 

« Trois femmes puissantes » : Marie NDiaye

 

« Trois récits, trois femmes qui disent non. Elles s'appellent Norah, Fanta, Khady Demba. Chacune se bat pour préserver sa dignité contre les humiliations que la vie lui inflige avec une obstination méthodique et incompréhensible. »

 

Norah

Norah, avocate, retourne au Sénégal chez son père.

Avec un style assez inimitable, fait de phrases longues, riches et imagées, qu’il faut parfois relire afin de retrouver le sens, l’auteure dresse un portrait implacable de ce mâle dominant qui écrase sous son joug les malheureux qui gravitent autour de lui.

Toujours dans une sorte de non-dit poignant, les relations ambigües entre Norah et son père sont décrites avec minutie et sans épargner au lecteur la tension sourde et malsaine qui règne dans l’antre de ce tyran, aussi peu conscient de ses ravages que de la vie des autres.

Maintes fois il a pris femme, maintes fois il a eu des enfants.

Mais, dans sa grande maison, aussi sombre que vide depuis que le drame est arrivé, le vieil homme semble ne s’apercevoir de rien. Ni de sa déchéance physique, ni de la terreur qu’il inflige à ses deux dernières filles, deux enfants quasi emmurées vivantes dans leur chambre, ni de la violence qu’il inflige à Norah.

Celle-ci, victime de ce père maltraitant, s’est enfermée dans une relation de couple tout aussi toxique, décrivant le diable qu’elle a laissé entrer chez elle.

Un diable séduisant, enjôleur, dévastateur. La revictimisation sans fin de Norah prend une autre dimension quand elle apprend que son frère bien-aimé, enlevé par son père quand il avait tout juste 5 ans, est en prison pour le meurtre de sa belle-mère.

Mais la vérité sera au-delà de ce qu’elle avait pu imaginer…

 

Fanta

Un chapitre se clos et l’auteure nous emmène ensuite dans la vie de Fanta, jeune femme sénégalaise aimée par son mari mais qui lui échappe et s’évapore dans une souffrance qu’il n’arrive pas à appréhender.

Entre mensonges, amour et haine, son quotidien implose presque sans bruit, sans heurts, inconsciente qu'elle est des véritables motifs de son retour en France.

 

Khady

Le dernier chapitre de ces "trois femmes puissantes" est le plus violent, celui qui m’a le plus retournée en tout cas.

On y suit Khady Demba, jeune femme mariée très jeune à un homme gentil mais bien plus âgé, et qui poursuit avec elle un seul but : enfanter. Étrangère au plaisir, elle a intégré depuis son enfance ce rôle qui lui est dévolu.

Mais son mari meurt et sa belle-famille lui fait alors vivre mille tourments. Violée puis prostituée pendant des mois, abandonnée par le seul amour auquel elle croyait encore et en qui elle avait confiance, elle tentera pourtant de s’accrocher, de s’évader, de survivre. En scandant son nom la tête haute face aux épreuves, avec fierté, bravoure, comme pour se rappeler de qui elle était, et surtout pour se prouver qu'elle existe toujours.

 

Je ne saurais dire si j’ai aimé ce livre ou non. Ce qui est certain cependant, c’est qu’il m’aura marquée.

 

samedi 15 janvier 2022

800 commentaires pour la libellule noire, avancement de la mort en cadeau

 


Petite libellule a dépassé les 800 évaluations sur le site Amazon, j'ai encore du mal à le croire ! 
 
La mort en cadeau en est à 45 000 mots, je n'avance pas très vite car mon esprit est peu disponible ces derniers temps, mais j'avance tout de même en m'astreignant à écrire au moins tous les deux jours même si ce n'est que 100 ou 200 mots. 
 
L'histoire se complexifiant et mes deux neurones valides n'étant pas très en forme, je vais devoir tout remettre à plat afin de ramener les différentes pistes vers une voie commune en sortant l'arme ultime : les posts it !
 
Une sorte de tableau géant avec des flèches dans tous les sens, que personne (pas même moi sans doute) ne comprendra une fois terminé 🙂 .
 
Bref, cela avance, je commence d'ailleurs à réfléchir à ma couverture, ce qui est bon signe.
En général, arrivée au moment des posts-it, j'enclenche la vitesse supérieure, car il faut pouvoir tenir son intrigue et la dérouler assez vite pour ne pas perdre le fil de nouveau.
 
Je n'ai pas encore planché sur le principe d'incertitude de Heisenberg et vous avez (pour le moment) la chance de ne pas avoir d'article dessus, mais j'ai fini "trois femmes puissantes" et vais donc rédiger mon avis.

mercredi 12 janvier 2022

Celle qui brûle, Paula Hawkins

 


Celle qui brûle, Paula Hawkins

J’avais déjà lu « La fille du train » du même auteur, mais j’ai trouvé celui-ci très différent au niveau de la construction de l’histoire.
 
Un homme, Daniel, est retrouvé assassiné sur une péniche. Autour de lui, vont graviter quatre femmes, chacune ayant des fêlures immenses. Laura tout d’abord, une jeune femme paumée et sujette aux crises de nerf suite à un accident de voiture lui ayant laissé des séquelles neurologiques, et avec qui Daniel a passé sa dernière nuit. On la voit, au début du roman, sortir ensanglantée et hagarde du bateau au petit matin.
 
Carla ensuite, la tante de Daniel, avec qui il a entretenu une relation trouble depuis qu'il a assisté à la mort du fils unique de Carla et de Théo, tombé d’une balustrade alors qu’il était sous la garde d’Angela, la sœur de Carla.
 
Angela justement, alcoolique, malheureuse dans ses fréquentations et se laissant mourir de chagrin et de désespoir face à l’absurdité de la vie.
 
Et Miriam, une femme vivant seule sur la péniche voisine, et qui passe le plus clair de son temps à espionner ses voisins. Témoin du ballet étrange de ces trois femmes autour de Daniel, elle a elle aussi un passé terrible. Enlevée et séquestrée dans son adolescence, elle a affronté la mort et y a perdu une amie.
Au milieu de tout cela, une vieille dame, Irène, apporte du réconfort à celles qui souffrent (qui brûlent ?) et tente de renouer des liens entre les êtres.
 
Une de ces femmes brûle à l’intérieur, du feu de la vengeance. Je ne vous dévoilerai pas qui, mais l’intrigue est particulièrement bien menée, le style très agréable et rythmé et la psychologie des personnages est particulièrement soignée.
 
Seule la fin m’a déçue, car il y avait vraiment matière à en faire quelque chose de décoiffant, mais cela retombe un peu à plat sur les dernières pages je trouve. 
 
Un peu dommage vu la qualité de tout le reste.

vendredi 17 décembre 2021

Chronique de la Libellule noire

 

Ce matin encore, un retour qui me va droit au cœur de l'administratrice du groupe de lecture "Petit coin de lecture, nos livres coups de cœur " (que je vous conseille vivement pour avoir des idées pour agrémenter votre PAL !).
Merci...
 
Il va par contre falloir que je domine un peu ma timidité pour aller me présenter un peu plus !
 

 

mardi 30 novembre 2021

équation de Navier-Stokes

 


Détour vers les contrées mathématiques, avec l'équation de Navier-Stokes ce soir.

 
Cette équation différentielle, qui peut paraître un peu obscure au premier abord, a des applications très concrètes, notamment en océanographie ou en météorologie. Elle fait partie des "problèmes du millénaire". 
Un mathématicien Kazakh a dernièrement démontré la chose, mais cela a été remis en question par deux autres, donc... Toujours d'actualité.
 

Quézaco que cette équation ?

 
 Rien de plus simple, il s'agît d'une modélisation du mouvement des fluides (eau, air, etc., d'où les applications en océanographie et climato).
 
Le champ de vitesse (vitesse en chaque point de l'espace entourant un objet) permet de caractériser de façon très précise son déplacement et de le prédire.
 
Pas simple par contre : c'est une équation différentielle non linéaire.

Au niveau physique :


le côté non linéaire se traduit par ce qu'on appelle les turbulences dans les mouvements des fluides. Celles-ci sont extrêmement difficile à modéliser précisément puisqu'elles dépendant de la vitesse. v.delta v et varient en fonction du carré du champ de vitesse. 
 
Savoir si un fluide est plus ou moins turbulent grâce aux équations de Navier-Stokes n'est actuellement pas vraiment possible, car cela dépend de paramètres pas forcément quantifiables et justement reliés entre eux par des relations non linéaires.
 
Donc au final, en physique, on utilise plus les statistiques pour prévoir comment un fluide va se comporter dans la vie réelle.
 
Sur ce bonsoir et belles lectures à tous !
 
Pour ma part, je suis en train de finir "La force des femmes" du prix Nobel de la paix le Dr Mukwege, que je vous conseille fortement tant l'homme a de sagesse et d'intelligence.

samedi 27 novembre 2021

La force des femmes, Denis Mukwege

 


La force des femmes, Denis Mukwege

Son histoire

 
Gynécologue obstétricien, le Dr Mukwege a oeuvré depuis des années pour le droit des femmes, dans son pays, le Congo, mais aussi partout dans le monde. 
 
Marqué par les premières patientes qu'il voit arriver avec des blessures atroces suite à des viols perpétrés par des groupes armés, il décide de créer un hôpital dédié à la prise en charge de ces femmes, jeunes filles et même enfants. 
 
Il décrit les blessures en tant que médecin, mettant ainsi la distance nécéssaire permettant de ne pas s'évanouir à la lecture de certains passages, rares cependant. 
 

Une réflexion aboutie concernant les violences faites aux femmes


Ce n'est pas du sensationnalisme. C'est une infime partie de la douleur que des milliers d'êtres humains ont endurée, pendant des jours, des semaines, des mois parfois. 
 
Il évoque les évènements qui l'ont conduit à sa vocation, à son dévouement sans borne pour ses patientes et à son combat inlassable contre les violences faites aux femmes.
 
Il ne se contente pas de décrire les faits, qui n'occupent qu'une petite partie du livre. Non, il les décortique, les analyse, essaye de comprendre ce qui a mené à ces exactions répétées. 
 
Il compare avec ce qu'il se passe dans d'autres pays, sous une autre forme, plus privée, plus insidieuse. 
Il s'interroge et nous interroge sur nos habitudes de consommation, qui impliquent l'extraction de minerais rares au Congo, par les mêmes groupes armés qui mutilent de nombreuses femmes.
 

Ses patientes les plus marquantes

 
Il cite aussi certaines de ses patientes les plus marquantes, comme une enfant de 12 ans, qui en racontant la tête haute son calvaire, a fait perdre connaissance à un général tant cela l'a choqué qu'il soit possible de faire cela à une enfant. 
 
Ou cette patiente séquestrée, violée, opérée de nombreuses fois pour être "réparée" et qui une fois renvoyée chez elle a subi la même chose de nouveau, revenant à l'hôpital séropositive en prime. 
 
A chacune de ces patientes marquantes, une nouvelle orientation est prise dans son engagement et le médecin essaye d'en tirer un enseignement, d'adapter son programme d'aide aux femmes victimes, non plus seulement en soignant les corps, mais en réparant les esprits, en œuvrant pour leur réintégration dans la société. 
 

De patientes à survivantes

 
Celles qui de victimes deviennent des survivantes, terme qu'il emploie et qu'il explique comme étant celui qui lui semble le plus adapté à ses patientes, dont il admire la force de vie malgré tout ce qu'elles ont subi (d'où le titre). 
 
Il y a aussi tout un aspect politique, économique, sociétal passionnant tant c'est analysé avec justesse, humilité et intelligence.
 
Un livre fort, très bien écrit, plein d'humanité et d'espoir paradoxalement (car comment ne pas avoir d'espoir quand on voit qu'il existe des hommes comme ce médecin), à lire sans hésiter.
 

 

dimanche 21 novembre 2021

Equations de Eddington et Lemaître, expansion de l'univers

 

Petite virée vers les mathématiques avec l'hypothèse de l’expansion cosmique de l'univers grâce aux équations de Eddington et Lemaître.
 
En1927, Lemaître a le culot de publier une ébauche d'une nouvelle théorie : l'expansion de l'univers pourrait être dérivée de la relativité générale, ce qui expliquerait en partie le décalage vers le rouge des nébuleuses en spirale observables dans le cosmos. Mais il a fallu 3 ans à Eddington pour s'apercevoir du génie de cette hypothèse et contacter Lemaître à ce propos. 
 
Dans la théorie d'Eddington, l'univers était d'abord été statique, puis entrait en expansion, mais ce n'était pas vérifiable avec des observations astronomiques ou des équations cosmologiques.
 
Le décalage vers le rouge (ou décalage Doppler, on a le même principe avec les sons), c'est quand un corps astronomique s'éloigne d'un observateur et que les longueurs d'onde perçues augmentent, se rapprochant du spectre optique du rouge.
 
En 1930, un collège d'astronomes nota que les dernières observations astronomiques montraient qu'il existait une relation linéaire entre le décalage vers le rouge des nébuleuses en spirale et leurs distances radiales, et surtout que ceci ne pouvait pas être expliqué par les théories "statiques" d'Einstein de 1917 ou de De Sitter (même année). 
 
En pratique, cela signifie que plus les astres sont éloignés d'un observateur, plus ils s'éloignent vite de lui, et ce de façon linéaire.
 
En 1929, Hubble (pas le télescope) trouva la même relation linéaire que Lemaître, confirmant l'hypothèse que l'univers était en expansion infinie et, par extension, émettant la possibilité d'un début unique à partir d'un point de matière ultra dense. 
 
Cette idée d'un atome unique à partir duquel l'Univers se serait formé a été depuis réfutée.

jeudi 18 novembre 2021

La fin des temps, Haruki Murakami

 


La fin des temps, Haruki Murakami (et ma belle orchidée pourpre !)

 

Quatrième de couverture : 

 
« Pour se rendre chez le vieux savant qui l'a engagé, un informaticien prend un ascenseur tellement lent qu'on ne sait pas s'il monte ou s'il descend. A l'arrivée, une jeune fille rondouillette et charmante l'accueille par un "C'est rat" pour le moins étrange. Mais son cou sent le matin d'été dans un champ de melons ... Bienvenue au Pays des merveilles sans merci ! »
 

Mon avis :

Dans une librairie Suisse cet été, ce livre m’a fait de l’œil. 
 
Peut-être son titre, énigmatique, peut-être la couverture représentant une licorne en armure. Je ne sais pas, mais le choix était fait et ni une ni deux, il se retrouva dans mon petit panier violet.
Autant le dire tout de suite : c’est un pavé, inutile de vouloir le lire en une soirée ! 
 
Dès le début, les mots dansent sur le papier et chantent dans la tête. C’est traduit du japonais, mais bien traduit, en respectant la musicalité et la finesse de cette langue. 
 
L’auteur nous emmène doucement vers deux mondes qui évoluent en parallèle, mais dont, durant de nombreuses pages, on ne sait finalement pas grand-chose. Temporellement, géographiquement, émotionnellement, on sent qu’il y a évidemment un lien fort, mais on ne sait pas vraiment lequel.
La beauté de ce roman inclassable réside dans ces petits pas qui nous amènent vers une compréhension de ce que sous-tend le cœur et l’amour. La mémoire aussi.
 
J’ai hésité à faire un petit retour sur ce magnifique ouvrage, car il est difficile d’en donner un aperçu tant il est complexe et surprenant. 
 
Et je me limiterais donc à cela, car ce petit bijou doit se découvrir avec un regard neuf.

samedi 6 novembre 2021

Premier sang, Amélie Nothomb, prix Renaudot 2021

 


Premier sang, Amélie Nothomb, prix Renaudot 2021
 
J’ai acheté le dernier roman d’Amélie Nothomb, conquise que je suis par cette auteure depuis un an maintenant. Etrangement, je m’étais forgée un à priori négatif il y a une vingtaine d’années de cela, après avoir lu et peu aimé « Métaphysique des tubes ».
 
 Par hasard, dans une chambre d’hôte où j’avais lu plus vite que prévu les livres que j’avais emmenés, j’ai découvert « Riquet à la houppe » qui, me tendant les bras, m’appela à réitérer l’expérience Nothombesque. Et boum, me voilà tombée dans une histoire que j’ai trouvé décalée, rafraichissante, belle et grave à la fois, avec des personnages aux noms aussi savoureux que leurs caractères. 
 
Petit retour donc sur « Premier sang ». Comme toujours, je commence par me dire qu’elle ne s’est pas trop torturé l’esprit pour la quatrième de couverture. Je vous laisse juger « Il ne faut pas sous-estimer la rage de vivre ». 9 mots. On peut dire que c’est du condensé. Pourtant, il faut reconnaître que cela résume bien le livre. 
 
Comme toujours, un roman court, un style précis, sans fioritures mais avec des mots soigneusement choisis, un humour et un recul sur les choses terribles qui arrivent au personnage, qui mettent à distance les atrocités commises lors de la prise d’otage qui inaugure le roman. 
 
Son père (car elle écrit au nom de son père) a alors 28 ans. Amélie Nothomb n’est pas encore de ce monde et son existence ne tient qu’à un fil. Son père est en effet face à un peloton d’exécution, mis en joue par des rebelles armés dirigés par le général Gbenye. Le président Lumumba assassiné en 1961 est l’objet de nombreuses discussions entre l’ambassadeur belge qu’est Patrick Nothomb et les rebelles qui le tiennent captif dans un hôtel ainsi que plusieurs centaines de ses concitoyens. 
 
Son objectif ? Faire durer ce temps si long qui les rapproche et les éloigne en même temps de la mort. Il sait en effet que, quand l’armée Belge tentera une action pour les sauver, les morts seront légions des deux côtés. Tous le savent. Et tous attendent et redoutent ce moment. 
 
Qui en réchappera ? Et pourquoi ? Quel est le sens de ces palabres sans fin auxquelles participe sans relâche Patrick Nothomb ? Aura-t-il évité des morts ? Rien n’est sûr, rien n’est facile.
 
 Et les contours du bien et du mal se floutent parfois dans les petites attentions qui émaillent le quotidien des otages. 
 
La première partie du roman est consacrée aux séjours que Patrick fait au château des Nothomb, dans les Ardennes. Avec un regard enfantin, Patrick relate le « darwinisme » qui prévaut à l’éducation des enfants du château du Pont d’Oye et la dureté de la vie sous le joug de ce grand-père à la fois despotique et poète.
Et le premier sang alors ? Je vous laisse le découvrir…

mercredi 6 octobre 2021

Recueil de poésies

 


Chers lecteurs,
 
avec Jean-Marc Loisolire Puéchavy, nous travaillons depuis maintenant quelques temps sur un recueil commun de poésies et de courts textes. 
 
Notre jeu est d'écrire nos textes "en miroir", chacun lançant alternativement un petit défi à l'autre.
Cela peut être un thème, une forme littéraire, une phrase, ou même un poème ou un texte entier auquel faire écho.
 
Une belle aventure littéraire et amicale, qui sort un peu des sentiers battus de l'écriture en solitaire.
Un petit extrait avec un poème sur les mathématiques (pas de commentaires !) que j'ai écrit :
 
 
Je me perds malgré moi dans l’espace hilbertien
Lieu des divagations de mon esprit malmené
Se perdant au milieu de ces formules insensées
Qui me font chavirer vers un résultat incertain.
J’aimerai enfin pouvoir triompher,
Sans passer mon chemin ou devoir errer
Dans cette masse informe, labyrinthe ensablé
Au bout duquel se trouve ma future liberté.
Rouge, rose, gris, tel est le triptyque
De couleurs qui hantent les signes cabalistiques
S’étirant langoureusement devant moi
Pour former un théorème ou une loi.
Ondule,
Courbe mystérieuse,
Inconnue prétentieuse.
Sans couleurs
Les mathématiques se meurent.

samedi 25 septembre 2021

Concours littéraire

 


Chers lecteurs,
 
 
toujours dans mes calculs mathématiques, ayant besoin d'une occupation mentale assez puissante présentement (et j'avoue que pour cela, les mathématiques sont vraiment le top du top. Apprendre le japonais pourrait aussi être une idée mais j'ai plus d'affinité avec les espaces infinis). 
 
 
Par ailleurs, j'avais participé à 5 concours de nouvelles en début d'année, dont un sur la Loire.
Mon texte s'intitulait "Mimétisme". 
 
 
Je viens de recevoir un mail m'informant qu'il faisait parti des 26 finalistes sur les 359 participants. 
 
 
Je n'y crois pas trop trop pour le résultat final, mais on verra.
 
 
Bon week-end à tous et belles lectures

jeudi 23 septembre 2021

hypothèse de Riemann

 

hypothèse de Riemann : Les zéros non triviaux de la fonction zêta ont tous pour partie réelle ½.
 
En plus clair :
 
Toutes les solutions non entières de l'équation Zêta(x) = 0 sont des points alignés. x est l'inconnue, Zêta est la fonction de Riemann , nom du mathématicien qui a émis cette hypothèse.
 
Ce problème fait partie des problèmes non résolus sélectionnés par l'Institut de mathématiques Clay. Il s'agît de montrer comment les nombres premiers se répartissent au sein de l'ensemble des nombres entiers.
 
Comme cela, ça parait simple. Et pourtant, tous les malchanceux mathématiciens ayant essayé se sont cassés les dents dessus.
 
Actuellement, avec de supers calculateurs, on a pu montrer qu'il y avait plus de 10 000 milliards de points alignés, et donc que l'hypothèse "semblait" vraie. 
 
Oui, mais en mathématiques, la véracité se voit dans l'infini. Et l'infini, par définition, on ne peut pas l'atteindre, même avec des supercalculateurs. 
 
Et donc, il faut démontrer la chose, avec des équations. Et c'est là que cela se complique.
 
Pour le moment, aucune solution trouvée au problème, avis aux amateurs !

mercredi 15 septembre 2021

"Le voyage dans l'Est" de Christine Angot

 


Lecteurs du soir, bonsoir !
 
 
Petit retour sur "Le voyage dans l'Est" de Christine Angot. 
 
Je n'avais jamais lu cette auteure et au vu des critiques très acerbes voire franchement insultantes que j'ai pu lire ou entendre, à la fois sur son œuvre et sur elle-même, j'ai abordé le livre un peu méfiante. Et là, belle surprise, dès les premières lignes, j'ai senti que cet ouvrage allait être juste et fort. Et ce fut le cas tout le long de ma lecture. 
 
Christine Angot y aborde l'inceste qu'elle a vécu avec son père. Jusque là rien de bien neuf si j'ai bien compris, car elle en parle dans beaucoup de ses livres. Et c'est aussi ce qu'il lui a été reproché.
 
Je n'ai pas lu les autres. Dans celui-ci, ces évènements y sont abordés sous l'angle de la réflexion. Celui de l'emprise aussi, qui fait que la pensée s'éteint, s'étiole, se voile. 
 
Christine Angot n'avait pas de père. Un jour, celui-ci débarque sans crier gare dans sa vie. Bonheur ultime pour elle, en attente d'une reconnaissance de sa part. 
 
Mais très vite, dès la première rencontre, tout dérape. Un baiser, et la phrase qui claque dans son cerveau " Tiens, cela m'arrive à moi, ça ?" .
S'ensuivent les gestes qui dérapent de plus en plus. 
 
Une main posée sur un genou. Une main qui monte. Qui redescend. Qui attend. Qui remonte. Qui tente par l'usure d'imprimer dans la pensée de l'adolescente que pour l'instant, c'est encore acceptable.
Mais cela ne l'est déjà plus. Depuis le baiser, depuis sans doute le premier regard que cet homme a posé sur sa fille.
 
Emprise, pouvoir, asservissement. Voilà ce qu'il lui propose en lieu et place de l'amour paternel qu'elle attend désespérément de lui. 
 
Quand ses mots deviennent crus au téléphone, elle écrit cette phrase : " Je n'ai rien pensé. je ne ressentais rien. Je ne pensais pas. Il faut bien voir l'effort que fait la personne pour ne pas penser et ne rien ressentir".
 
Malheureusement, cela ne va pas en rester là et les faits vont s'accumuler.
Face à cela, Christine Angot décrit avec précision la vigilance de tous les instants qui s'empare d'elle :
 
" Mon esprit n'était pas vide. Je surveillais. J'avais une fonction.La surveillance. C'était une surveillance de tous les instants. Proche. Serrée sur le mouvement. Je surveillais, je surveillais, je surveillais. J'étais obnubilée par ma fonction. D'autant plus qu'elle risquait d'être inutile et je le savais. Je le sentais."
 
Que dire ? Ce livre est dur. Il est cru aussi. Il est difficile à lire. 
Mais c'est pour moi sans aucun doute un témoignage important et un très bon livre .

samedi 4 septembre 2021

L'ombre de la Baleine, Camilla Grebbe

 



L'intrigue se déroule en Suède, où on suit les aventures de Malin, jeune enquêtrice que l'on avait déjà suivie dans un autre livre du même auteur. 
 
Alors certes, dans ce roman, on retrouve les ingrédients classiques du polar nordique, à savoir une certaine dose de violence dans les crimes perpétrés, des personnages un peu dépassés par leur propre vie et donc en général touchés par ce qu'il se passe dans leur métier, des paysages du nord, sobres et inquiétants.
Mais ici, et c'est ce que j'ai aimé, plusieurs histoires s'imbriquent, avec notamment une constante autour de la filiation. Du lien qui unit (ou non) une mère et son fils.
 
L'enquêtrice est enceinte de son premier enfant et cela n'est sans doute pas un hasard.
Car on plonge au fil des mots dans les méandres de l'esprit torturé d'une femme prête à tout pour garder le contrôle sur ce qu'elle pense être sa propriété : son enfant.
 
Où est la limite entre amour et haine destructrice ? Entre attachement et assujettissement ? 
 
Je ne peux dévoiler davantage de choses ici car ce serait déflorer le ressort narratif de cette enquête, que j'ai trouvé passionnante et bien menée. 
 
La vérité est assez atroce psychologiquement, cela m'a secouée.
Je ne m'attendait pas à quelque chose comme cela.
 
Résumé : 
 
Quand des cadavres de jeunes hommes échouent sur les côtes de l’archipel de Stockholm, la jeune flic Malin et son supérieur, Manfred, sont missionnés pour résoudre ce sombre mystère. Hélas, chacun est plus vulnérable que d’habitude : Malin est très enceinte, et Manfred meurtri par le terrible accident qui a plongé sa petite fille dans le coma.
En parallèle, nous rencontrons Samuel, adolescent rebelle, dealer à mi-temps, élevé par une mère célibataire aussi stricte que dévote. Sa vie bascule quand celle-ci jette à la poubelle des échantillons de cocaïne que le baron de la drogue de Stockholm lui a confiés.
Alors que Samuel trouve une planque idéale sur la petite île de Marholmen, où il est embauché par la jolie Rachel pour devenir l’auxiliaire de vie de son fils Jonas, Malin et Manfred font fausse route. Mais toute leur enquête change de cap le jour où la mère de Samuel signale enfin sa disparition…


mercredi 4 août 2021

Recueil de nouvelles / poésie

 

Chers lecteurs,
 
un chouette projet d'écriture commence avec mon ami Jean-Marc Loisolire Puéchavy.
 
Au menu : un petit recueil de nouvelles / poésies / courts textes.
 
Quand ? Quand la poussière d'étoile coulera sur la lune.
 
Quoi ? Des mots qui dansent et chantent sous la plume.
 
Qui ? Deux illuminés en puissance (4).
 
Où ? Où le vent nous portera.
 
Pourquoi ? Pourquoi pas.
 

Pour le meilleur et pour le pire - M.C. Beaton

 

Chers lecteurs,
 
une première pour moi, la lecture d'un "cosy thriller", emprunté à la bibliothèque avant mes vacances. 
 
Après Tension extrême et histoire de m'aérer un peu la tête au bord du lac Léman, j'ai plongé avec délice dans ce roman assez ébouriffant et plein de malice (dans le lac aussi !). J'avais depuis longtemps un à priori sur ce genre littéraire, mais ayant besoin d'une lecture un peu plus légère, j'ai suivi les conseils de la bibliothécaire.
 
Et je ne le regrette pas ! Non seulement c'est bien écrit, mais en plus l'histoire est très habilement amenée, sans temps morts et avec des descriptions de personnages tous plus caricaturaux et croquignolets que les autres. 
 
Un vrai régal, même si j'avais deviné la fin depuis environ la moitié du livre.
 
résumé :

 
Agatha Raisin et James Lacey ont prévu de se marier mais le jour du mariage, Jimmy, l'ancien mari d'Agatha qu'elle croyait mort, fait son apparition à l'église. Furieux, James s'enfuit. Le lendemain, Jimmy est retrouvé assassiné et Agatha et James sont les principaux suspects... 
 

jeudi 15 juillet 2021

La familia grande, Camille Kouchner, livre sur l'inceste

 

Chers lecteurs, en vacances, grosse reprise de la lecture (et de l'écriture). 
 
Voici donc mon avis sur La familia Grande de Camille Kouchner :
 
Après quelques hésitations, je me suis lancée dans ce livre témoignage.
Présenté comme un livre sur l’inceste, plusieurs choses m’ont un peu gênée au début. Bien sûr cela reste subjectif, mais je n’ai pas été emballée par l’écriture. Le deuxième point qui m’a dérangée est que j’ai eu la désagréable impression que la victime de cet inceste, son frère donc, n’était pas forcément entièrement d’accord avec la démarche publique de sa sœur. Elle le remercie certes, mais il dit clairement qu’il aurait préféré que cela ne soit pas rendu public. 
 
A partir de là, je me suis posée la question de la motivation de Camille K.. Pourquoi a-t-elle eu besoin de coucher cela sur le papier ? Est-ce pour défendre les droits de son frère, pour clamer haut et fort l’ignominie de l’inceste, ou pour tenter de s’absoudre de ce qu’elle pense être sa responsabilité dans tout cela : ne rien avoir dit ?
 
Les trois sûrement, mais j’ai eu le sentiment qu’il s’agissait surtout de la troisième possibilité.
Et là réside tout l’intérêt du livre à mon sens. En reprenant du début l’histoire de sa famille, les mœurs « légères» qui la caractérisaient du côté de leur mère, mais aussi le côté dominateur de leur père, la peur qu’il leur inspirait, ce regard qui les figeait, Camille Kouchner dresse le tableau d’une famille dysfonctionnelle. 
 
Vient ensuite ce fameux beau-père, adoré, adulé même par Camille, avec lequel une complicité importante se créée. Séducteur, sociable, réussissant dans la vie, cet homme va les conquérir, les amadouer. Jusqu’à l’emprise.
Emprise qui s’exprimera autant sur Victor, 14 ans, auquel il demandera des faveurs sexuelles que celui-ci ne sera pas en mesure de lui refuser, que sur Camille, qui ne voudra/pourra pas voir le mal-être grandissant de son frère ni les indices pourtant évidents des abus subis.
C’est de cela dont traite ce livre, avant même l'inceste : de l’emprise psychologique, de la manipulation et de la domination. Qu’elles soient réalisées avec de la séduction ou de la peur, souvent les deux d’ailleurs, rien ne serait possible sans leur présence. L’inceste ne serait pas possible. Le silence ne serait pas possible. 
 
C’est l’emprise qui enferme les victimes comme les témoins. Qui amène à nier les faits, à les minimiser, à les oublier même parfois, tant ils sont insupportables psychologiquement. C'est la honte et la culpabilité plus tard, qui retardent ou empêchent l'enfant devenu adulte de parler. Et quand, dans le livre, une plainte est enfin déposée, il est trop tard. On sent la colère intense de Camille K., quand elle voit les policiers dire à son frère que oui, il a été victime de viol, mais que non il n'y aura pas de condamnation, même si un procès peut avoir lieu quand même. Car la loi n'est pas rétroactive. Et si depuis la loi de 2021, les coupables de viols sur mineur de moins de 15 ans (18 ans dans le cas des incestes) sont (en théorie...) passibles de 20 ans de prison et que la prescription advient aux 48 ans de la victime, ce n'était pas le cas avant.
 
Camille Kouchner est une victime collatérale. Elle exprime la honte, la colère, le regret. Mais comme Victor, elle n’a rien pu faire, rien pu dire. Elle aussi était sous emprise.
Sa souffrance et sa culpabilité, exprimées au fil des pages, font écho à celles de son frère, que l’on devine en filigrane.
Sa voix a porté, dans les médias, sur les réseaux sociaux, dans la société, et a probablement contribué, grâce au battage médiatique auquel il était absolument impossible d'échapper, à libérer la parole de nombreuses victimes.

 

mardi 6 juillet 2021

Le début de "La mort en cadeau"

 

Islande

 

              Le groupe d’une cinquantaine de personnes avançait depuis maintenant plus de quatre heures. Emmitouflée dans une combinaison de haute technicité qu’elle avait payée une fortune, Joanne suivait d’un pas alerte le guide qui ouvrait la marche. Elle avait toujours été très sportive et prenait aujourd’hui un malin plaisir à montrer à son mari qu’elle le distançait facilement. Habitant à La Nouvelle-Orléans, elle n’était pas coutumière du climat qu’elle subissait depuis maintenant deux semaines. Ce voyage, elle en avait rêvé depuis de nombreuses années, mais une grossesse imprévue et un enfant autiste en avaient décidé autrement. Durant cinq années, sans répit, elle avait donné sans compter, sacrifiant sa carrière d’ingénieure à la Lockheed Martin Space Systems Company, un des principaux industriels intervenant dans le domaine spatial civil et militaire, ses loisirs, ses vacances, et jusqu’à sa moindre parcelle de vie sociale. Sacha était un enfant merveilleux et jamais elle ne regretterait de l’avoir eu. Mais la société n’était pas adaptée pour lui. Hypersensible au bruit, intolérant au changement de ses habitudes, qui devaient être scrupuleusement respectées pour éviter une crise, son état s’était brutalement dégradé quand il était entré à l’école. Tant qu’il était resté avec sa mère, celle-ci avait tout fait pour le protéger de ce qui pouvait l’agresser. Mais en collectivité, cela n’avait plus été possible et les enseignants avaient appelé de plus en plus souvent à la maison. Au début, Sacha se balançait et errait dans la classe en se tenant la tête entre ses petites mains si crispées. Puis, les choses s’étaient accélérées, quand un de ses camarades avait voulu le serrer fort dans ses bras. Cela partait d’un bon sentiment, mais Sacha n’avait pas supporté et l’avait frappé. Un coup de pied dans le ventre en se débattant. Joanne savait qu’il n’avait pas fait cela pour l’agresser, mais plutôt pour fuir une situation insupportable à ses yeux. Mais les parents de l’enfant n’avaient pas voulu comprendre, n’avaient pas voulu entendre. Ils avaient écrit une pétition qu’ils avaient fait circuler auprès d’autres parents d’élèves, demandant à ce que Sacha soit écarté de l’école. Joanne s’était mise en colère, pleine de tristesse et de rancœur à la fois. Comment pouvaient-ils être aussi insensibles ? Sacha n’était jamais violent envers les autres si on respectait son espace vital. Le seul danger qu’il représentait était souvent pour lui. Durant ses crises, il pouvait aller jusqu’à se griffer, se frapper, se projeter contre un mur en cas de stress ou de frustration trop intenses. On ne pouvait capter son regard, toujours un peu ailleurs, mouvant, insaisissable. Joanne s’était souvent demandée ce qui se cachait derrière ces prunelles d’un bleu éclatant, si différents de ses yeux bruns à elle et à son mari. De qui les tenait-il ? Cela ajoutait à son aspect si particulier, qui effrayait maintenant les autres. Quand il était encore tout petit, la plupart de ses amies le trouvaient adorable et calme. Mais quand il avait commencé à marcher, avec sa démarche gauche et maladroite, quand les sons sortis de sa bouche n’avaient pas ressemblé à ceux des autres enfants, les regards s’étaient faits à la fois insistants et dérobés. Une fois le diagnostic posé, elle avait eu droit au défilé interminable des avis plus ou moins éclairés. Son enfant idéalisé, celui dont elle avait rêvé durant sa grossesse était mort depuis belle lurette. Mais un autre l’avait remplacé, plein de surprises et d’imprévus, et pour lequel elle nourrissait un amour sans bornes.

Depuis six mois pourtant, elle commençait à s’épuiser. Trop de fatigue, trop de stress, et si peu d’aide de la société, des amis, de la famille. Alors elle avait commencé à avoir du mal à se lever, à manger, à dormir. Heureusement, Noah, son mari, avait décidé pour elle. Il était temps qu’ils recommencent à profiter un peu de l’existence. Il s’était démené pour trouver un centre d’accueil temporaire qui accepterait Sacha. Joanne avait aperçu un soir une enveloppe avec dedans deux billets pour l’Islande. Cette terre isolée et aride l’avait toujours fait rêver. Quasiment sans arbres, avec des geysers et des cratères encore en activité, des glaciers et des étendues désertes, c’était l’endroit parfait pour repartir d’un bon pied. Elle en avait besoin, il fallait qu’elle se prouve que la vie n’était pas qu’une succession d’épreuves, qu’il y avait encore des plaisirs auxquels elle pouvait accéder, que son couple n’était pas juste un pont entre deux rives abîmées.

              L’air était frais autour d’elle et elle se retourna pour sourire à son mari, l’encourageant à aller plus vite. On commençait à entendre le bruit sourd de la glace qui bougeait insidieusement dans l’étendue d’eau, qui débutait maintenant  à quelques centaines de mètres d’eux. Elle avait l’impression d’avoir devant elle une toile de maître avec un nombre infini de nuances de bleu et de gris. Elle n’aurait jamais cru possible de pouvoir en embrasser autant en un seul regard. Sur le dessus du glacier, les pierres et la poussière qui s’accumulaient au fil des années donnaient une impression de saleté, mais ce n’était pas le cas. Le guide leur avait expliqué que l’endroit était un des moins pollués de l’île. L’Islande faisait très attention à son patrimoine naturel, point clef de son économie touristique. En dessous de cet amas sombre, elle distinguait maintenant nettement le bleu profond signant l’intérieur de la glace. Reflet de la mer autant que du ciel, cette teinte étonnante l’attirait comme un aimant. Elle n’arrivait plus à détourner les yeux de cette beauté quasi parfaite, avançant mécaniquement vers ce qu’il lui semblait être la plus belle chose sur terre. Depuis qu’ils étaient en Islande, ils avaient vu de nombreuses merveilles, mais ce glacier était clairement le clou du spectacle. Ils étaient maintenant à quelques mètres seulement des gros blocs de moraine qui s’étaient détachés du glacier et avaient échoué sur le rivage, le rendant difficilement praticable.

              - On va avancer groupés, cela commence à devenir dangereux ici, les prévint le guide. Faites attention où vous mettez les pieds et regardez bien le sol pour éviter de glisser sur la glace ou sur les cailloux.

              Les cheveux blonds clairs, les yeux marron et rieurs, il était jeune et sympathique, prenant manifestement un grand plaisir à se trouver dans cette nature qu’il affectionnait tant. Joanne le sentait passionné par son travail, même si elle avait cru comprendre qu’il ne s’agissait que d’un job d’appoint. Il avait des connaissances précises sur la faune et notamment sur les oiseaux marins, qui profitaient de la manne alimentaire qui pullulait dans les eaux riches en plancton de la région.

              - Est-ce qu’il y a des orques ici ? demanda Joanne.

              - Non, les familles sont de moins en moins nombreuses ces dernières années, répondit le guide avec nostalgie. Quand j’étais petit, j’en voyais souvent qui longeaient la côte dans le secteur, mais cette année, on a eu une perte de 30% des effectifs répertoriés lors des comptages en mer.

              - Ils sont partis ? demanda Joanne              

              - On ne sait pas, à vrai dire. On a perdu la trace de pas mal d’individus ces temps-ci. Les orques ont pourtant une structure sociale stable, avec des matriarches à leur tête. Les grands mâles sont solitaires ou se regroupent en bandes. Mais les femelles restent ensemble toute leur vie. Ça ne devrait donc pas diminuer aussi drastiquement. On n’a pas eu d’échouage sur les plages, donc on penche plutôt pour une migration vers un endroit plus accueillant.

              - Je pensais que l’Islande était une terre préservée, ce n’est pas le cas ?

              - Par rapport à d’autres pays, si bien sûr. Mais ici comme ailleurs, la surpêche a fait des ravages. Les orques norvégiennes et islandaises se nourrissent de hareng, contrairement à celles qui vivent en Argentine par exemple, qui mangent des otaries. Elles les attrapent sur les plages, en s’échouant volontairement, c’est très impressionnant. J’irai voir ça en vrai un jour, avant qu’elles désertent aussi ce coin-là. Mais en Islande, faute de hareng, on a vu les orques maigrir de façon très rapide quand on a analysé les photos avec les scientifiques. Cela se voit surtout lorsque l’on prend des clichés aériens avec des drones. On remarque alors que les zones blanches derrière les yeux deviennent creuses, c’est un très mauvais signe pour l’animal en question. En général, les orques touchées par ce phénomène d’amaigrissement décèdent rapidement. Hors depuis plusieurs mois, on a repéré de nombreuses baleines qui présentaient ce problème. Elles n’ont plus assez de harengs et le bruit permanent induit par les bateaux perturbe leurs techniques de chasse par écholocalisation. Je vous conseille plutôt d’aller sur la péninsule de Snaefellsnes si vous voulez voir des baleines.

              - Ah ? Merci du tuyau en tout cas, on verra si on peut y faire un crochet avant de retourner aux USA.

              - Vous êtes d’où ?

              - De La Nouvelle-Orléans, répondit Joanne.

              - C’est la première fois que je vois quelqu’un de cette ville, j’avoue que cela me plairait beaucoup d’aller y passer une semaine ou deux. J’aime la musique de la Louisiane  et la culture cajun me fascine assez. C’est tellement dépaysant par rapport à l’Islande, répondit le guide les yeux brillants d’excitation.

              - C’est sûr, pour moi aussi c’est différent ici ! C’est d’ailleurs pour ça qu’on est venu là.

              Joanne était encore arrêtée, tournée vers le guide, quand elle vit son regard changer d’expression brutalement. Instinctivement, elle repéra où était son mari, qui avait continué à avancer vers l’eau en les devançant, quand un craquement sinistre se fit entendre. En une longue et terrible seconde, Joanne regarda le glacier qui s’étalait devant elle se fissurer dans un craquement dantesque. Sa main se crispa instinctivement sur son bâton de marche, mais elle resta tétanisée, tandis que le guide hurlait aux touristes de faire demi-tour, à grand renfort de moulinets de bras destinés aux personnes qui étaient un peu trop loin pour l’entendre. Devant eux, un pan entier de glace acérée venait de se détacher. Il était tombé avec fracas dans l’eau noire et froide, et passées les éclaboussures initiales, qui arrachèrent des exclamations de joie aux membres du groupe qui s’étaient pour la plupart rués sur leurs téléphones portables pour immortaliser ce moment, un vent de panique s’installa rapidement. Des cris de peur succédèrent à l’enthousiasme devant la vague menaçante qui venait de naître à moins de cent cinquante mètres d’eux. Une partie du groupe était presque arrivé au bord de l’eau et certains avaient commencé à partir en courant en sens inverse. Mais Joanne n’arrivait plus à bouger. Fascinée, elle regardait la vague se former avec une lenteur qu’elle trouvait déconcertante. Comment une telle masse de liquide pouvait-elle se lever ainsi ? La main de son mari, qui venait d’agripper la sienne en imprimant un mouvement saccadé à son bras pour tenter de la faire réagir, la tira de sa contemplation. L’espace d’un instant, elle eut envie de rester là, d’attendre que cette force de la nature l’emporte et mette fin au combat qu’elle menait depuis tant d’années maintenant. La paix, enfin retrouvée.

              - Joanne, mais qu’est-ce que tu fous ? hurla son mari en la tirant avec force, aidé par le guide.

              Une émotion primale venue du fond des âges se répandit alors dans son corps. Elle cligna mécaniquement des yeux, sentant rouler une larme sur ses joues, unique témoin de son bref moment d’abandon. Il fallait qu’elle vive. Pour Sacha. Avec toute l’énergie dont elle était capable, elle commença à courir au milieu des pierres et de la glace, essayant de ne pas se retourner pour regarder l’inexorable avancée de la vague. Celle-ci mesurait maintenant près de dix mètres de haut et le spectacle était à la fois magnifique et terrible. Entraînée, Joanne dépassa rapidement le guide, tenant toujours son mari par la main, quand son pied buta sur une pierre, les entraînant tous deux vers le sol. Le guide se retourna immédiatement pour les aider à se relever, mais le mari de Joanne resta à terre, grimaçant de douleur. Elle regarda avec terreur sa cheville brisée, dont l’os était visible, et la montagne d’eau qui se rapprochait à une allure vertigineuse. Noah se retourna péniblement pour regarder le danger qui fondait sur eux, puis, les yeux implorants, fit un signe de tête au guide qui le tenait toujours pas le bras.

              - On y va, vite ! cria le guide en tentant de la forcer à avancer.

              - Non !! hurla-t-elle, pas sans lui !

              - Pars !! Pour Sacha ! lui répondit Noah sur le même ton.

              Même si la situation était d’une violence psychique inouïe, elle savait qu’elle n’avait pas le choix. Dans un élan désespéré, elle tourna les talons et couru aussi vite qu’elle le pouvait, mue par la rage qui montait en elle. Contre la vie, contre la mort. Ce n’était pas pour elle qu’elle faisait cela. Mourir lui était finalement assez égal. Mais il y avait leur fils. Les yeux aveuglés par les larmes, elle entendit les derniers mots de son mari.

              - Ne te retourne pas !

 

Maryland, USA

 

              Charleen s’étira avec volupté et souleva ses longs cheveux acajous pour se masser doucement la nuque. Consciencieusement, elle actionna chacun de ses muscles comme elle avait appris à le faire auprès des kinésithérapeutes qui l’avaient soignée, suite à l’attentat dont elle avait été victime à Stockholm il y avait quelques semaines de cela. C’était le genre de routine qui faisait maintenant partie intégrante de sa vie. Sans cela, des raideurs articulaires et musculaires lui gâchaient ses journées. Depuis qu’elle avait appelé Simon Baker, l’agent de la NSA qui lui avait sauvé la vie à plusieurs reprises, pour lui dire qu’elle acceptait son offre au sein de la NSA, elle n’avait pas encore été dans les locaux de l’agence gouvernementale. Elle lui avait expliqué qu’elle avait besoin de prendre son temps, de retrouver ses marques. Elle avait ainsi commencé par réintégrer son poste d’ingénieure à la NASA, dans un service différent de celui dans lequel elle avait évolué auparavant. Plus axé sur l’innovation technologique au service des missions spatiales habitées, son travail était moins prenant que dans son ancien poste. Cela serait ainsi plus simple pour elle d’assumer sa double fonction. Son poste à la NASA n’était en effet qu’une couverture pour sa future mission au sein de la NSA, même si elle ne savait pas encore ce qu’elle allait y faire exactement. Elle alluma machinalement la télévision, sortant en même temps un sachet de thé qu’elle posa sur la table. Sur la chaîne d’information, des nouvelles toutes moins réjouissantes les unes que les autres défilaient en continu. Elle les regardait d’un œil distrait quand l’une d’elle attira son attention. Elle monta le son et s’assit en face de l’écran. Un accident rarissime avait eu lieu en Islande. Un énorme bout de glacier s’était fissuré avant de tomber dans la mer, entraînant la mort de plusieurs randonneurs américains. Les vidéos amateurs de la vague qui avançait vers le groupe apeuré tournaient en boucle pour illustrer le sujet. Charleen n’arrivait pas à détacher ses yeux de cette masse mouvante et imparable. Elle laissa la télévision allumée et alla immédiatement sur internet pour avoir plus de détails sur ce qu’il s’était passé. Apparemment, le guide n’avait commis aucune erreur d’appréciation. L’endroit était très fréquenté par de nombreux groupes de touristes de tous horizons, et était classé comme sûr par l’office du tourisme islandais. La glace pouvait certes céder, surtout à cette période de l’été, mais des mesures étaient régulièrement prises afin d’apprécier son état. Du coin de l’œil, Charleen entrevit des experts qui débattaient du sujet et remonta le son.

              - Nous avons avec nous le professeur Martinez, du Goddard Institute for Space Studies. Professeur Martinez, pouvez-vous nous en dire plus sur ce qu’il s’est passé en Islande ? Est-ce que cela aurait pu être évité ?

              - Non, malheureusement, ce genre d’évènement est généralement soudain et imprévisible. Sous l’influence des différents vents et du ruissellement de l’eau, certains grands glaciers comme le Perito Moreno en Patagonie par exemple, commencent à avoir des infiltrations en leur sein, ce qui les fragilise. Mais les autorités sont au courant, c’est un phénomène tout à fait naturel et qui attire d’ailleurs des milliers de touristes quand il se produit, généralement à la fin de l’été austral, en mars donc. Mais étrangement, pour ce glacier islandais, la mécanique n’est pas du tout la même. Il n’aurait pas dû se fissurer brutalement comme ça. Généralement, le processus dure plusieurs jours avant la rupture finale et les agents des parcs nationaux sont à même de repérer les prémices de ces évènements exceptionnels. D’après les premières conclusions, rien d’anormal n’avait été relevé ici.

              - Le fait qu’un grand chercheur en climatologie américain ait trouvé la mort dans cet accident terrible émeut tout particulièrement la communauté scientifique, reprit le journaliste.

              - Oui, le professeur Noah Davis était une référence dans le domaine. C’est une grande perte. Ses recherches ont fait l’objet de nombreuses publications.

              - Il travaillait sur un projet particulier autour de ce glacier ?

              - Non, pas à ce que je sache. Mais je ne fais pas parti de son laboratoire.

              - Une dernière question, demanda le journaliste. Des voix se sont levées pour incriminer le changement climatique comme responsable de cette tragédie, qui je le rappelle à coûté la vie à vingt quatre de nos compatriotes. Pensez-vous que ce soit le cas ?

              Charleen observa les traits tirés du chercheur et son air mal à l’aise. Manifestement, il n’avait pas envie de répondre à cette question. Elle avait pour sa part une idée de la réponse. Sur les images satellites qu’elle avait vu passer tout au long de sa carrière à la NASA, de nombreux paramètres montraient des dérèglements par rapport aux années passées. Les explosions planctoniques, repérables sur les images océanographiques, ne se faisaient plus aux mêmes moments et étaient de plus en plus importantes. C’était là une des conséquences du réchauffement des eaux et de la variation des courants comme le Gulf Stream. Celui-ci maintenait l’équilibre thermique de la planète. Sa perturbation entraînait de nombreux dérèglements climatiques terrestres. Les mesures de la température de l’eau, numériques ou in situ lors de campagnes en mer, montraient clairement une évolution vers le haut. Pourtant, les pouvoirs publics continuaient à investir massivement dans les extractions fossiles et le message gouvernemental américain était plus qu’évasif sur ce sujet. En sortant les Etats-Unis de l’accord de Paris sur le climat, le président américain avait mis un frein massif à la prise en compte de cette réalité scientifique, qui menaçait pourtant les générations futures.

              - Je ne sais pas, c’est très difficile à dire. Un évènement comme celui-ci se produit périodiquement dans de nombreux endroits au monde, sans forcément que cela ne soit corrélé à un changement net dans le climat. Mais le fait que les glaciers reculent un peu partout sur terre est bien sûr en rapport avec la hausse des températures, constatée depuis maintenant plusieurs décennies.

              - Sommes-nous responsables de ça ? insista le journaliste.

              - De cet accident, je ne crois pas non. Mais du reste, oui, peut-être.

              -Très bien, merci pour vos réponses, Professeur.

              Charleen éteignit rageusement sa télévision. Elle en avait plus qu’assez de ces scientifiques qui n’osaient pas prendre parti. Bien sûr qu’on ne pouvait pas prouver noir sur blanc que telle ou telle chose était due à cent pour cent à l’intervention humaine ! Mais la pollution, les gaz qui s’accumulaient dans l’atmosphère et augmentaient l’effet de serre, les extractions de minerais rares, les plantations qui saccageaient la forêt équatoriale pour fournir des agro-carburants, tout cela contribuait à changer le climat et les écosystèmes terrestres. Elle cliqua sur un article qui dressait la liste des disparus. Le bilan humain était lourd, mais ce n’était bien sûr rien comparé au nombre de personnes qui perdaient la vie chaque jour aux USA à cause de la pauvreté galopante. Les gens n’avaient plus les moyens de payer leurs soins médicaux. Le jour où elle avait visionné le reportage de Michael Moore sur la santé aux Etats-Unis, elle avait été sidérée. Comment était-ce possible, dans son pays, un des plus riches au monde, que des personnes ayant pourtant un travail ne puissent pas payer leurs médicaments ou leurs opérations pour des pathologies aussi graves que le cancer ? Depuis, elle avait rejoint une association de sa ville qui aidait les plus démunis à obtenir des assurances santé un remboursement minimal de leurs frais médicaux. Prenant tout trop à cœur, et notamment l’injustice du monde, elle avait senti quelques semaines auparavant qu’elle avait besoin d’aide. Après être sortie de l’hôpital de Stockholm, où elle avait subi une tentative de meurtre alors qu’elle était dans le coma, elle avait cru pouvoir rapidement passer  à autre chose avec la seule force de sa volonté. Mais les cauchemars étaient restés bien présents et chaque nuit se transformait en parcours du combattant. Quand elle en avait eu assez de regarder le plafond, qui plus est dénué de toute aspérité qui auraient pu le rendre intéressant, elle avait fini par appeler une amie qui était suivie par quelqu’un de bien selon elle. Durant le premier rendez-vous, elle n’avait rien dit, mais dès la deuxième entrevue, les mots avaient fusés. Son ancien petit ami Cédric, l’attentat dans un café de Stockholm qui lui avait coûté ses jambes, le coma dans lequel elle s’était trouvée durant de longs jours, la tentative d’empoisonnement qui avait failli la tuer. Et surtout, cette scène qui se rejouait en boucle dans sa tête, quand Julia s’était effondrée morte, dans les toilettes blanchâtres de l’aéroport. Quand elle avait eu fini de déballer tout cela, la femme en face d’elle l’avait regardée en se tenant le menton, l’air perplexe. Elle lui avait dit que cela allait être long. Elle avait eu l’honnêteté de lui avouer qu’elle ne savait pas si elle pourrait lui être d’une grande aide. Cette marque d’humilité avait fait bonne impression à Charleen, qui n’aurait pas supportée d’être suivie par quelqu’un de dogmatique et imbu de sa personne. Heureusement, quelque chose la motivait maintenant, lui enjoignant de se donner à deux cent pour cent pour cette cause. Le fait que l’agent Simon Baker lui ait proposé de se joindre à son équipe de la NSA la faisait se sentir importante et utile. Son travail à la NASA était passionnant, mais elle avait vécu trop de choses ces derniers mois pour reprendre une vie normale comme si de rien n’était. Tout avait commencé quand Manuel, un ami de longue date rencontré durant ses études et travaillant à l’observatoire de La Silla, l’avait contacté concernant une anomalie qu’il avait repéré sur un tracé de deux satellites qui étaient entrés en collision. Cet incident n’arrivait pour ainsi dire jamais en raison de la précision des calculs des orbites. Et Manuel avait vu juste. Une organisation terroriste avait décidé de prendre le contrôle des engins spatiaux de télécommunication afin de semer le chaos et de déstabiliser les gouvernements occidentaux. Manuel y avait laissé la vie. Charleen avait eu plus de chance, notamment grâce à un journaliste français qui vivait en Suède, Cédric. Celui-ci était devenu son confident, puis son ami, avant que leur relation ne prenne un tour plus intime. Ces derniers temps, Charleen avait de plus en plus l’impression que les personnes à qui elle tenait devenaient des cibles mouvantes. Manuel, Cédric, Julia, et même l’agent Baker, tous avaient été menacés, abattus ou en grand danger. Simon Baker avait eu fort à faire pour la protéger quand Comenius, l’organisation terroriste qui avait vu le projet ARTHEMIS échouer, avait décidé de faire place nette. Son dirigeant, Daniel Suton, était maintenant hors d’état de nuire et Charleen n’avait plus besoin d’une protection renforcée comme cela avait été le cas auparavant. Elle ne se sentait pour autant pas plus en sécurité. L’insouciance s’en était allée.

              Elle était en train de finir son petit-déjeuner quand son téléphone sonna. C’était Cédric. Elle soupira et hésita à lui répondre. Ces derniers temps, tout était compliqué. C’était pourtant lui qui l’avait poussée à mettre un terme à leur relation, arguant qu’elle n’avait pas de sentiments assez forts à son encontre. Au départ, elle l’avait très mal pris, ne comprenant pas ce qu’il disait. Mais assez rapidement, elle avait procédé à une introspection consciencieuse et avait compris qu’il avait raison. Il l’aimait inconditionnellement, d’une façon presque anxiogène, étouffante pour Charleen, éprise de liberté. Elle ne ressentait pas cela pour lui. Pas encore tout du moins. Le handicap de Cédric l’avait empêché de se poser les vraies questions et elle s’était réfugiée dans la culpabilité, ne voulant pas voir que ses sentiments avaient évolué. Et puis il y avait Simon Baker. Cédric s’était rendu compte de l’attirance que l’agent de la NSA ressentait pour Charleen. Cette dernière par contre, n’y avait vu que du feu. Jusqu’à ce que cela soit si évident qu’elle n’avait pas pu le nier davantage. Elle allait travailler avec lui et ne savait pas comment cela allait se passer. Cela générait chez elle une inquiétude croissante. Hors du contexte de la situation d’urgence absolue qui avait été la leur, arriveraient-ils à se revoir sans gêne ? Charleen ne savait pas encore si ses sentiments pour lui étaient véridiques ou largement influencés par le fait qu’il avait tout fait pour lui sauver la vie, au péril de la sienne. Elle n’était pas du genre impulsive dans ce domaine, et préférait prendre son temps. Le plus important à ses yeux restait son travail et sa nouvelle mission. Avant tout, elle avait besoin de se prouver qu’elle était opérationnelle, que tout cela ne l’avait pas irrémédiablement abîmé.

La sonnerie avait cessé. Charleen appuya sur une touche pour rappeler le numéro. Elle savait qu’il s’inquiéterait si elle ne le faisait pas. Cédric décrocha immédiatement.

              - Bonjour Charleen, dit une voix calme et douce. J’espère que je ne t’ai pas réveillé. J’essaye de calculer l’heure, mais je ne suis pas très bon à ce petit jeu là. Comment tu vas ?

              - Bien, merci, répondit-elle d’une voix qu’elle essayait de garder neutre.

              - Tant mieux, j’étais inquiet quand tu n’as pas décroché. Tu attires un peu les ennuis, alors… dit-il d’un ton faussement blagueur.

              - Cela ne me fait pas rire Cédric, je préfèrerai que tu ne dises plus ce genre de chose. J’ai déjà du mal à ne pas le penser moi, alors si tu le dis aussi, ça va être compliqué...

              - Désolé, je ne pensais pas à mal, répondit-il penaud. Je ne suis pas très à l’aise, et quand c’est comme ça, je fais des gaffes. Tu me connais…

              - Ne t’en fais pas. Qu’est-ce que tu fais en ce moment ? Il fait quel temps à Stockholm ?

              - Beau, pas trop chaud, parfait pour se baigner dans le Mälaren, tu adorerais. Je suis en train d’écrire un article sur le centre de gravité du système solaire. Tu savais qu’il n’était pas au milieu du soleil, mais un peu à l’extérieur de sa surface ?

              - Ah bon ? Non, je ne savais pas, il y a des publications qui sont sorties dernièrement ? demanda-t-elle.

              - Oui, et du coup avec cette nouvelle donnée, on pourra tracer les ondes des pulsars avec plus de précision.

              - Utile pour les navigations interstellaires, renchérit Charleen.

              - Exactement ! Ça fait du bien de parler de ça à quelqu’un qui comprend ce que ça signifie ! s’enthousiasma Cédric.

              -  À vrai dire, reprit Charleen, j’avoue que tu m’épates. Tu es journaliste scientifique, mais pas expert en cosmologie.

              - Je me demande pourquoi tu m’as quitté alors, lui lança-t-il presque à voix basse.

              - Je n’ai pas envie de revenir là-dessus Cédric, soupira Charleen. C’est toi qui est parti le premier, souviens-toi de ta lettre de rupture déposée sur mon lit.

              - Je sais, je n’en suis pas fier, crois moi.

              - Ne t’en fait pas, je ne suis pas rancunière. Tu avais raison, c’est juste la façon de le faire qui m’a vraiment fait mal.  Mais si à chaque fois que l’on se parle, c’est pour ressasser de mauvais moments, ce n’est pas forcément la peine de continuer. Je crois qu’on peut éviter de penser au passé et partager autre chose, qu’en penses-tu ?

              - Je dirai que c’est un peu plus facile pour toi de ne pas penser au passé. Avant, je marchais. Il y a une sacré différence je trouve…

              - Désolée, j’ai été maladroite. Je parlais plus d’échanger sur des sujets autres que notre relation, corrigea-t-elle penaude. Tu as vu le glacier qui s’est détaché en Islande ? demanda-t-elle pour changer de sujet.

              - Oui. Les images sont terribles.

              - C’est clair. Et impossible d’y échapper dès qu’on allume un média quel qu’il soit. Tu as déjà vu des choses de ce genre en Scandinavie ? Je veux dire, des glaciers qui se brisent d’un coup comme ça ?

              - Je ne l’ai pas vu de mes propres yeux, mais en juillet 2018, un iceberg de dix milliards de tonnes s’est détaché de la banquise au Groenland. Tu te rends compte de la masse du truc ?

              - Il y avait eu des blessés ? demanda Charleen.

              - Non, des scientifiques avaient prévus le coup grâce aux images d’un satellite d’observation de la glace, je ne sais plus quel était son nom.

              - Sûrement ICE Sat 2, je pense. Un de ses capteurs mesure l’épaisseur de la glace. Ils avaient du voir que le glacier avait perdu en épaisseur peut-être, ou que la hauteur de la mer alentour avait anormalement varié. C’est un des satellites propriétaire de la NASA.

              - Tu as déjà travaillé dessus ? demanda Cédric.

              - Non, mais j’aimerai bien, les images sont sympas et il fait aussi les régions tropicales, comme son nom ne l’indique pas d’ailleurs ! Mais pour en revenir au glacier Islandais, c’est vrai que c’est étrange. A minima, on aurait du voir des choses sur les images en radar à synthèse d’ouverture, type Ice-eye.

              - Je ne te suis plus là, c’est quoi ça ?

              - Excuse-moi, Ice-eye, c’est une constellation de petits satellites privés avec des capteurs radars dedans. Schématiquement, le gros avantage des radars à synthèse d’ouverture, c’est que le signal pénètre l’eau, que ce soit la glace ou les nuages. Du coup, dans des environnements équatoriaux ou polaires, c’est un sacré plus.

              - Passionnant, merci pour le cours gratuit Madame la professeur ! Mais tu veux en venir où ?

              - Eh bien, je sais qu’on n’a pas toutes les images satellites sous le nez en permanence, mais je me demande si… commença Charleen.

              - Oh là, arrête moi ça tout de suite ! Je n’ai pas envie d’apprendre que tu es encore dans le pétrin jusqu’au cou. Un glacier s’est fissuré. Des touristes sont morts. C’est dramatique, mais ça arrive. Il ne faut pas chercher midi à quatorze heure. Je sais que tu as toujours cette envie de creuser quand quelque chose te semble bizarre, mais il faudrait aussi que tu te laisses un peu de temps pour te remettre. Tu n’en as pas eu assez ? Tu as un nouveau poste à la NASA, ça devrait t’occuper un peu non ? C’est très différent de ce que tu as déjà fait, je crois.

              - Oui, mais…

              - Mais rien. Il n’y a rien, Charleen. Arrête de vouloir chercher des problèmes là où il n’y en a pas. S’il te plaît, la coupa Cédric avec fermeté.

              - C’est toi qui dis ça ? Après tout ce qu’on a traversé ? Tu penses toujours qu’on vit dans un monde parfait ? Vraiment ?

              - Comment peux-tu me dire ça, Charleen ?

              Son ton était dur et Charleen entendit immédiatement un bruit sourd, indiquant qu’il venait de raccrocher. Elle s’en voulut immédiatement, mais son immobilisme l’avait mise hors d’elle. Il avait un côté casanier et terre à terre qui l’avait initialement séduite. Mais elle avait changé. Elle avait vu la cruauté autour d’elle, les jeux de pouvoir et d’argent, la manipulation, le fanatisme et la mort. Elle ne pouvait plus ne pas se poser de question face au monde qui l’entourait. C’était devenu comme une seconde nature, dont elle ne savait que faire. Cela l’envahissait. Elle avait l’impression d’avoir basculé dans un autre monde, que peu de personnes voyaient réellement.