mercredi 15 septembre 2021

"Le voyage dans l'Est" de Christine Angot

 


Lecteurs du soir, bonsoir !
 
 
Petit retour sur "Le voyage dans l'Est" de Christine Angot. 
 
Je n'avais jamais lu cette auteure et au vu des critiques très acerbes voire franchement insultantes que j'ai pu lire ou entendre, à la fois sur son œuvre et sur elle-même, j'ai abordé le livre un peu méfiante. Et là, belle surprise, dès les premières lignes, j'ai senti que cet ouvrage allait être juste et fort. Et ce fut le cas tout le long de ma lecture. 
 
Christine Angot y aborde l'inceste qu'elle a vécu avec son père. Jusque là rien de bien neuf si j'ai bien compris, car elle en parle dans beaucoup de ses livres. Et c'est aussi ce qu'il lui a été reproché.
 
Je n'ai pas lu les autres. Dans celui-ci, ces évènements y sont abordés sous l'angle de la réflexion. Celui de l'emprise aussi, qui fait que la pensée s'éteint, s'étiole, se voile. 
 
Christine Angot n'avait pas de père. Un jour, celui-ci débarque sans crier gare dans sa vie. Bonheur ultime pour elle, en attente d'une reconnaissance de sa part. 
 
Mais très vite, dès la première rencontre, tout dérape. Un baiser, et la phrase qui claque dans son cerveau " Tiens, cela m'arrive à moi, ça ?" .
S'ensuivent les gestes qui dérapent de plus en plus. 
 
Une main posée sur un genou. Une main qui monte. Qui redescend. Qui attend. Qui remonte. Qui tente par l'usure d'imprimer dans la pensée de l'adolescente que pour l'instant, c'est encore acceptable.
Mais cela ne l'est déjà plus. Depuis le baiser, depuis sans doute le premier regard que cet homme a posé sur sa fille.
 
Emprise, pouvoir, asservissement. Voilà ce qu'il lui propose en lieu et place de l'amour paternel qu'elle attend désespérément de lui. 
 
Quand ses mots deviennent crus au téléphone, elle écrit cette phrase : " Je n'ai rien pensé. je ne ressentais rien. Je ne pensais pas. Il faut bien voir l'effort que fait la personne pour ne pas penser et ne rien ressentir".
 
Malheureusement, cela ne va pas en rester là et les faits vont s'accumuler.
Face à cela, Christine Angot décrit avec précision la vigilance de tous les instants qui s'empare d'elle :
 
" Mon esprit n'était pas vide. Je surveillais. J'avais une fonction.La surveillance. C'était une surveillance de tous les instants. Proche. Serrée sur le mouvement. Je surveillais, je surveillais, je surveillais. J'étais obnubilée par ma fonction. D'autant plus qu'elle risquait d'être inutile et je le savais. Je le sentais."
 
Que dire ? Ce livre est dur. Il est cru aussi. Il est difficile à lire. 
Mais c'est pour moi sans aucun doute un témoignage important et un très bon livre .